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Un amour qui exclut la haine
Date : 02/03/2006
Auteur : RFC
Dans le courant de janvier dernier, j’ai reçu les visites fréquentes d’un chinois résidant en France depuis quatre ou cinq ans. Il manifestait un vif intérêt pour la foi catholique et cherchait le moyen de rallier les catholiques à la cause chinoise. Il se proposait de former une association sous le nom « Association des Catholiques amis de la Chine » (Ai Zhonghua tianzhujiao xiehui).
Cherchait-il la voie d’un élargissement de l’ « Association patriotique des Catholiques de Chine » (Aiguo tianzhujiao xiehui) devenue par trop impopulaire, en Chine même et hors de Chine, au cours des dernières décennies? Le Parti communiste chinois cherche-t-il à élargir encore les limites du Front Uni de façon à justifier l’adhésion de tous les catholiques ? Mais la pierre d’achoppement reste malheureusement le mot « ai » (amour).
D’un point de vue politique, Ai zhonghua, amour de la Chine, fait sans doute la part d’un sentiment culturel plus large que Aiguo, patriotisme, trop identifié à l’amour du Parti. Mais dans les deux cas, il s’agit d’un choix à faire qui oppose les amis de la Chine aux ennemis de la Chine. Car dans l’optique marxiste traditionnelle de la lutte des classes, l’amour du Parti de la Révolution doit s’accompagner de la haine des contre-révolutionnaires. Ce carcan idéologique gêne toujours une évolution résolument démocratique de la politique chinoise.
Dans la mesure où une recherche d’élargissement est sincère, l’encyclique du Pape Benoît XVI intitulée « Dieu est amour » intervient à point pour mettre en lumière ce qu’est l’amour en vérité, un amour où la passion humaine de l’eros ne peut s’épanouir que dans la grâce spirituelle de l’agapê, un don de soi qui va jusqu’au pardon. S’il est impératif de continuer à combattre le mal et l’injustice, cette tâche n’entraîne pas la haine des coupables mais au contraire le souci de les sauver et d’œuvrer à leur réconciliation. Les extraits d’une intervention du P. J-B Zhang Shijiang cités dans ce numéro de Zhonglian montrent comment l’action caritative de l’Eglise peut inspirer et rejoindre l’effort général du peuple chinois.
L’analyse marxiste de l’exploitation capitaliste demeure valable avec cette nuance importante qu’elle doit s’exercer sous forme d’une autocritique du pouvoir actuel qui gère aujourd’hui une économie libérale. Elle est rendue difficile du fait que le parti léniniste totalitaire conçu pour la phase révolutionnaire continue à s’imposer au service du pouvoir exploiteur. Le recours à la morale confucéenne risque d’en faire une légitimation culturelle aliénante et un patriotisme chauvin. Il existe pourtant un courant confucéen critique qui peut renforcer le système judiciaire, à conditions que les juristes honnêtes et intègres ne finissent pas en prison. Les religions universalistes pour leur part peuvent offrir un horizon plus vaste fondé sur l’expérience de la nature humaine profonde et l’histoire d’une libération progressive du mal. A condition bien sûr qu’elles puissent témoigner pour la justice et la vérité dans le cadre d’une plus grande liberté de la presse et du réseau internet.
Le gouvernement chinois est bien conscient des faiblesses de l’idéologie marxiste traditionnelle puis qu’il entreprend le projet de la mettre à jour avec des moyens considérables.
South China Morning Post du 23 janvier donne une idée de ce projet d’après un rapport de Cary Huang, son correspondant à Pékin : Cheng Enfu, président exécutif de la nouvelle académie marxiste de l’Académie chinoise des sciences sociales, a déclaré que les dirigeants du Parti n’ont jamais été aussi zélés pour faire progresser le marxisme. Après deux décennies de réforme économique qui ont enrichi le pays grâce à l’abandon des idées économiques de Karl Marx, les dirigeants du Parti ont mis en jeu des fonds illimités pour faire revivre le marxisme. Il s’agit de « moderniser » le marxisme chinois en tentant de résoudre les contradictions évidentes entre l’idéologie gouvernementale de base et les réformes d’une économie de marché libérale. D’après le professeur Cheng, l’expérience de certains économistes marxistes japonais peut être utilisée. La Chine elle-même, note-t-il a déjà présenté au monde une « économie socialiste de marché »
Espérons que cette nouvelle mouture du marxisme saura allier une analyse économique rigoureuse et une perception sensée des exigences fondamentales de la nature humaine
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