Auteur : J. Charbonnier
L’expansion rapide de l’économie chinoise bouscule nos entreprises et notre système commercial français. Ces millions de travailleurs qui s’activent efficacement pour des salaires très bas menacent, semble-t-il, nos acquis sociaux, provoquant délocalisation et chômage. Les tentatives de modernisation de nos lois du travail font craindre la perte d’avantages sociaux chèrement acquis dans le secteur public comme dans le secteur privé. Comment parer à ces menaces ? Il est évidemment souhaitable que la Chine développe son propre système de sécurité sociale et laisse l’ensemble de sa population atteindre un niveau de vie équivalent au nôtre. Un tel effort social de la part des chinois devrait réduire la disparité saisissante de nos taux annuels de croissance économique. Il reste que nous sommes mentalement moins armés que cette énorme population récemment initiée au dernier cri de la modernité. Le nouveau monde n’est plus en Amérique, mais en Chine et en Inde.
Dans le domaine religieux, notre Eglise de France semble généralement vieillotte et grincheuse si on la compare à la nouvelle génération des catholiques et des protestants de Chine. Là-bas, dans leur très grande majorité, les prêtres, religieuses et pasteurs ont de 25 à 45 ans. Les catholiques se sont initiés aux orientations du 2ème Concile du Vatican. Ils ont réussi leur réforme liturgique en l’espace de 15 ans. Les groupes de lecture de Bible tendent à se multiplier dans le pays. L’outil informatique est utilisé à grande échelle. De nombreux diocèses ont ouvert un site sur le web. Publications, vidéo CD et DVD reflètent une nouvelle animation des communautés urbaines qui sont heureuses de témoigner ouvertement de leur foi.
Telle est l’impression générale qui se dégage de rencontres récentes, en particulier dans la province du Hebei au sud de Pékin : célébration solennelle du 150ème anniversaire de diocèse de Xianxian (Cangzhou), et grand colloque de Shijiazhuang sur ‘Christianisme et media’ à l’occasion du 15ème anniversaire du journal catholique Xinde (La Foi). Longtemps persécutés et menacés, les catholiques de Chine commencent aujourd’hui à prendre de l’assurance et à se montrer. Il est compréhensible qu’ils saisissent toute occasion de donner de la face à leur Eglise en y associant bien sûr les autorités civiles et avec l’accord au moins tacite du Parti.
Ceci ne peut faire oublier qu’une foule de catholiques dans cette même province du Hebei se tient résolument à l’écart, refuse tout compromis avec la politique officielle d’indépendance de l’Eglise chinoise. Ces ‘clandestins’ ne peuvent tenir des assemblées chrétiennes que dans des conditions précaires. Toute tentative de rapprochement avec les catholiques ouvertement déclarés est considérée par eux comme une faiblesse intolérable, voire une traîtrise. C’est, semble-t-il, le cas pour l’évêque auxiliaire de Baoding, Mgr An Shuxin. Mis à l’ombre sous surveillance étroite depuis 1998, il a tenté récemment de coopérer avec l’évêque officiel Su Changshan. Les chrétiens clandestins ont très mal interprété sa démarche. Rares sont les personnes qui osent assister à sa messe. Cette lourde présence d’une opposition silencieuse donne à réfléchir.
Suspects d’infidélité aux yeux des clandestins et incapables de communiquer directement avec le Saint Siège, les plus engagés des catholiques officiels doivent donner de leur côté des signes de leur fidélité dans les limites du possible. C’est ainsi que les éditions La Foi ont produit un grand calendrier mural pour l’année 2007 avec pour chaque mois une grande image du pape Benoît XVI encadrée de petites photos du pape sous toutes les coutures. D’un autre côté, lors de la grand’ messe concélébrée par cinq évêques et une cinquantaine de prêtres au colloque de Shijiazhuang, la prière universelle ne comportait pas d’intention spéciale pour le pape. Etait-ce un oubli ou bien une contrainte imposée par la présence des autorités civiles ? Le gros des fidèles présents au colloque portait sans doute dans son cœur une pensée pour le pape et l’omission d’une intention spéciale pouvait être comprise et regrettée de tous.
Plus dangereux que ces petits compromis formels serait la tentation d’un activisme non fondé sur une solide inspiration spirituelle. La coopération nécessaire avec les autorités politiques peut également entraîner chez certains le goût du pouvoir et de l’argent. Certains prêtres, efficaces dans leur ministère pastoral et habiles à obtenir le soutien des autorités civiles, peuvent être tentés d’accéder à l’épiscopat sans avoir obtenu l’accord du Saint Siège. D’autres peuvent se montrer infidèles dans leur vie privée tout en poursuivant un ministère pastoral efficace et brillant. Tout ceci n’est pas nouveau dans l’histoire de l’Eglise. Ces genres de faiblesses ont accompagné l’essor de l’Eglise dans des âges de foi.
L’Eglise en Chine aujourd’hui est jeune, dynamique et de plus en plus capable de témoigner des valeurs de l’Evangile dans une société plus ouverte qu’autrefois aux appels spirituels des religions.
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