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Zhonglian avril 2006 N° 120

Du rouge cardinalice pour la Chine rouge

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A la fin de son Angelus du 22 février face à la place Saint Pierre de Rome, le pape Benoît XVI annonçait la liste de 15 nouveaux cardinaux. L’un d’entre eux était l’évêque de Hongkong Mgr Zen Ze-kiun : surprise bientôt suivie d’une vague d’enthousiasme dans le monde catholique chinois, aussi bien sur le continent qu’à Hongkong. Etant donné les démêlées récentes de cet évêque avec son gouvernement à propos des réformes du système des écoles et même tout dernièrement avec la police qu’il blâmait pour sa dureté envers les manifestants venus de Corée, on pouvait craindre qu’il ne fût écarté de la liste. Certains de ses diocésains pensaient d’ailleurs discrètement qu’il se mêlait un peu trop de politique. Rome a jugé avec raison qu’il ne faisait que son devoir de pasteur vigilant dans le traitement des questions sociales. Les raisons d’en faire un cardinal débordaient d’ailleurs largement les limites du petit territoire de Hongkong.
Cette nomination est en effet une démarche importante sur la voie d’un dialogue officiel avec le gouvernement chinois. L’initiative de Rome pouvait être prise sans trop de risque puisque la région administrative spéciale de Hongkong est régie sous le signe de « un pays deux systèmes », un principe qui inclut la non ingérence de Hongkong dans les affaires religieuses du continent. Pékin ne pouvait pas protester contre une ingérence indue du pape dans les affaires intérieures chinoises. Et pourtant Hongkong est bien en Chine et le nouveau cardinal est bien chinois. Non seulement il est chinois, mais il est originaire de Shanghai. Il y est d’ailleurs retourné plusieurs fois sous le régime actuel, donnant des cours de philosophie au grand séminaire de Sheshan. Il appartient à l’ordre religieux des salésiens qui fêtent cette année le centième anniversaire de leur venue en Chine. Plusieurs salésiens de Hongkong enseignent en Chine, soit dans les grands séminaires soit dans des écoles techniques. L’attention particulière portée par Mgr Zen aux questions de justice sociale ne peut pas non plus lui être reprochée par un gouvernement qui lutte contre la corruption et qui souhaite développer l’harmonie dans le pays. Des dirigeants de Pékin ont cru bon lui rappeler qu’il devait se garder de mêler politique et religion. M. Liu Bainian, vice président de l’Association patriotique des catholiques de Chine, a même agité l’épouvantail du pape polonais artisan de la chute du communisme en Europe. Le nouveau cardinal lui a répondu qu’il ne recherchait en rien une confrontation politique. Il reprochait en outre à ce catholique trop habitué à gérer de haut les affaires d’Eglise de se faire plus intransigeant que son gouvernement : vous et moi, lui a-t-il signalé, nous sommes tous deux septuagénaires et nous ferions mieux de nous préparer à paraître devant le souverain juge.
Si le Parti communiste doit s’effondrer en Chine, ce sera le fruit des ses propres erreurs et de la corruption de ses cadres. Le cardinal n’y sera pour rien. Il n’est même pas sûr qu’il s’en réjouirait, car il est bien conscient de la place que tient le Parti communiste dans la mentalité des masses chinoises. Le Parti communiste est toujours crédité d’avoir fait de la Chine un pays indépendant et de plus en plus fort. Etre communiste en Chine, c’est être bien pensant, au point que de nombreux membres du Parti pensent qu’ils seraient meilleurs communistes s’ils étaient autorisés à croire en une religion. Les exigences civiques du Parti peuvent effectivement être soutenues par la morale chrétienne. L’évolution démocratique du régime serait également favorisée par la doctrine sociale de l’Eglise. Le communisme athée condamné par l’Eglise dans les années 1930 a beaucoup évolué en Chine. Ce qui discrédite le Parti aujourd’hui ce sont les mesures totalitaires qui bousculent les plus faibles et réduisent au silence tous ceux qui veulent proclamer la vérité et la justice. En ce domaine le cardinal n’a pas qu’un habit rouge. Il a aussi le cœur rouge et il ne faut pas compter sur lui pour se taire quand il juge qu’il est de son devoir de parler.

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