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Zhonglian août-octobre 2006 N° 122

Les étudiants chinois de théologie en Europe : un défi culturel de taille

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Depuis douze ans, 387 prêtres, religieuses, séminaristes et quelques laïcs, sont venus en Europe pour un séjour d’études d’une durée moyenne d’environ cinq ans. Leur nombre s’est accru d’année en année. En juillet 1994, ils n’étaient que 4 en France et 5 en Allemagne. Une retraite en chinois était organisée pour eux à l’abbaye de Sept-fons. L’année suivante, ils étaient une vingtaine. Une nouvelle retraite en chinois prenait place à l’hospice du Grand St Bernard sous la direction du Père Zen, devenu depuis évêque de Hongkong puis cardinal. La plupart d’entre eux ont participé en novembre 1995 au Colloque des catholiques d’Europe concernés par la Chine. Ce colloque a eu lieu à Paris chez les Dames de saint Maur de la rue de Sèvres. Les participants étaient au nombre d’une centaine dont vingt étudiants chinois de théologie. L’évêque de Shanghai Mgr Jin Luxian est venu y apporter son concours. Le thème du colloque portait sur « L’échange théologique Chine-Europe » (cf. Dossier EDA  1995/09). La réflexion développée alors sur ce sujet relevait pour une bonne part d’intuitions et d’espérances qui demandaient à être vérifiées dans la pratique.

 

Après douze années d’expérience, nous avons repris cette question au Colloque des Catholiques d’Europe concernés par la Chine (ECCC) qui vient de prendre place à Triuggio près de Milan du 6 au 10 septembre 2006. Une dizaine de pays d’Europe sont aujourd’hui impliqués dans l’accueil d’étudiants chinois de théologie. En 2006, le nombre total des étudiants est de 317. Ils viennent de régions de Chine où la foi catholique est solidement enracinée dans des villages de paysans pauvres. Les chiffres indiqués sur la couverture de ce bulletin montrent que la plupart viennent de Chine du nord où les vocations sont plus nombreuses. Dans le sud du pays, seule la province du Fujian fournit un contingent important. Il y a dans cette province un bouillonnement de ferveur évangélique qui rappelle les premières missions des franciscains, dominicains et Augustins espagnols au 17ème siècle. C’est là que le fondateur principal des Missions étrangères de Paris mourait en octobre 1684 dans le village de Muyang. C’est là aussi que son successeur Mgr Maigrot de Crissey, vicaire apostolique du Fujian, publiait en 1693 un mandat interdisant aux convertis de pratiquer le rituel en l’honneur de Confucius et des ancêtres. Il attisait ainsi la colère des chrétiens baptisés par le jésuite Aleni qui, lui, autorisait la pratique des rites confucéens. Dans cette  région du Fujian et du sud Zhejiang voisin, la querelle se perpétue aujourd’hui entre les clandestins qui rejettent les directives ‘patriotiques’ par souci de fidélité à Rome et les catholiques ‘officiels’ qui se soumettent au rituel gouvernemental garantissant l’indépendance absolue de la Chine. Ce clivage est également très accentué dans la province du Hebei proche de Pékin. Or c’est de là que vient le gros des étudiants en Europe. Et ils importent malheureusement en Europe les divisions qui les déchirent en Chine.

 

Un tournant a été pris en Europe vers la fin des années 90. Les premiers instituts à accueillir des étudiants étaient des institut missionnaires familiers de la Chine : Missions étrangères de Paris, Lazaristes, Société du Verbe divin, Missions étrangères de Milan. Ils savaient faire la part des pressions politiques et accueillir aussi bien les « clandestins » que les « officiels », contribuant ainsi à réduire le fossé qui les séparait. Depuis environ six ans, d’autres instituts et communautés sans passé en Chine accueillent les clandestins de façon exclusive, renforçant ainsi la division au point d’en faire une rupture comme s’il y avait un schisme dans l’Eglise de Chine. C’est être plus papiste que le pape. Benoît XVI a invité au synode des évêques 4 évêques de Chine sans faire de discrimination entre officiels et clandestins. Car il n’y a qu’une seule Eglise catholique en Chine. Parler de deux Eglises, c’est faire le jeu du Parti communiste chinois et de son régime dictatorial.

 

Il serait beaucoup plus important pour les hôtes européens d’essayer de comprendre la mentalité et les difficultés personnelles de ces étudiants qui débarquent dans notre monde où tout leur est étranger : langue, histoire, culture, théologie, études scripturaires…Ce numéro de notre bulletin apporte quelques éléments à prendre en compte. Jusqu’ici, les évêques de Chine nous ont envoyés ces étudiants moins pour des études spécialisées de haut niveau que pour une formation humaine et spirituelle de base. Sommes-nous disposés à leur communiquer ce que nous avons de meilleur ?

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