Session d’été des étudiants chinois de théologie en Europe
La Session d’été des étudiants chinois de théologie en Europe :
London Colney, All Saints Pastoral Center, 14-29 juillet 2006
Date : 09/03/2007
Auteur : J. Charbonnier
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L’ensemble de l’Europe souffrait de la canicule en cette deuxième moitié du mois de juillet mais la centaine de participants à la session d’été des étudiants chinois de théologie n’a pas été troublée par une chaleur excessive. Les nuits demeuraient fraîches. Nous étions installés dans un grand manoir au sein d’un écrin de verdure. Les grandes prairies du parc commençaient à jaunir sous les feux du soleil quotidien, mais l’herbe restait verte à l’ombre d’arbres superbes. Ces arbres ont inspiré nos méditations au cours des cinq jours de retraite entièrement silencieux.
Car l’organisateur de ces journées, le P. Eamonn O’Brien, missionnaire de Saint Colomban, a tenu à mettre en œuvre un type de retraite peu habituel : pas de « prédicateur de retraite » assurant une série de conférences mais beaucoup de temps laissé à la prière personnelle et à des entretiens privés quotidiens entre chacun des jeunes retraitants et des « compagnons spirituels ». Les compagnons spirituels étaient surtout des prêtres chinois ou européens capable de dialoguer en chinois et aussi une religieuses chinoise et deux religieuses anglaises. Une douzaine de « compagnons spirituels étaient ainsi invités à suivre 7 retraitants. Le nombre exact des étudiants chinois était de 87 : 39 prêtres, 35 religieuses, 11 séminaristes et 2 laïques.
Après la messe matinale et le plantureux English breakfast, la journée commençait par une séance collective de mise en présence de Dieu dirigée par Madame Johanna Chao, une chinoise d’Amérique, mère de famille, familière de la spiritualité ignacienne. Elle mettait en relief un thème de méditation reflétant son expérience personnelle en fournissant quelques indications sur des lectures de Bible à faire. Le thème de réflexion pour chacune des cinq journées était concrétisé par un grand idéogramme chinois dessiné dans sa graphie primitive et affiché sur un tréteau : 聚 ju, rassemblement et recueillement ; 悟 wu, contemplation du cœur ; 恕 shu, pardon du fond du cœur ; 恒 heng, persévérance ; 化 hua transformation. Chaque jour, chaque retraitant rencontrait en privé son compagnon spirituel, progressant ainsi de jour en jour dans une revue de vie approfondie. En fin d’après-midi, un partage de foi prenait place dans chaque groupe de 7, La journée se terminait par une heure sainte devant le Saint Sacrement exposé. Un temps spécial a été aménagé au matin du cinquième jour pour que les retraitants puissent recevoir le sacrement de réconciliation auprès du confesseur de leur choix, un certain nombre s’étant déjà adressés naturellement à leur compagnon spirituel.
Les étudiants chinois en Europe avaient depuis longtemps demandé davantage de temps de prière et de direction spirituelle. Ils se sont montrés heureux de leur retraite en Angleterre. Quant aux « compagnons spirituels », ils n’ont pu que constater le travail de la grâce de Dieu dans le cœur de ces jeunes de bonne volonté. Ils ont dû consacrer toute leurs journées à cette tâche puisqu’ils devaient recevoir chacun 7 retraitants chaque jour. Le tout s’est bien passé. Il n’en reste pas moins que rassembler une équipe de douze compagnons spirituels relève d’une prouesse. En plus de cinq coordinateurs nationaux capables de parler chinois, il a fallu faire appel à trois missionnaires de Saint Colomban : un ancien de Taiwan, un autre professeur à Shanghai et un autre des Philippines, à un jésuite et une sœur FMM de Hongkong, à un jésuite français de Macao et enfin à deux religieuses anglaises qui, ne parlant pas chinois, ont dû s’occuper uniquement des étudiants d’Angleterre et d’Irlande. Ces derniers, par le fait, n’ont pu dialoguer dans leur propre langue avec leur compagnon spirituel.
Comme chaque année, la retraite était suivie d’une session dont le thème, choisi par le P. Eamonn O’Brien, était « La doctrine sociale de l’Eglise et la spiritualité ». Les points essentiels de la doctrine sociale de l’Eglise ont été présentés de façon dynamique par le jésuite français Dominique Tyl qui travaille aujourd’hui à l’Institut Ricci de Macao après avoir passé de longues années en Chine, à Wuhan puis à Pékin. La référence à des questions d’actualité a permis de concrétiser le souci de l’Eglise pour le respect des personnes et le sens du bien commun : respect de l’environnement, soin particulier des personnes atteintes du sida, tragédie du trafic des femmes en Chine. Mme Cécilia Tao Beiling de Shanghai a attiré l’attention sur la grande disparité qui existe en Chine entre riches et pauvres dans l’accès à l’éducation et aux soins médicaux. Le Compendium de la doctrine sociale publié par le Vatican et traduit en Chinois a été distribué à chacun des participants.
L’aspect œcuménique des services sociaux a été mis en relief par l’intervention de responsables protestants de divers organismes d’aide sociale dans le monde. L’activité des bouddhistes en ces domaines a également été évoquée. La visite de divers centres de services sociaux dans Londres a permis de mieux faire réaliser la portée pratique des principes chrétiens.
Nos deux semaines ont été jalonnées de rencontres avec des personnalités marquantes de l’Eglise en Angleterre. Dès le premier jour, L’archevêque Faustino Sainz Munoz, nonce apostolique, a présidé la messe en s’efforçant de prononcer en chinois son Pax vobis (Zhu nimen pingan). Il a déclaré à tous ces jeunes qu’ils lui donnaient grand espoir pour la proclamation de l’Evangile en Chine. Le lendemain dimanche 16 juillet, nous étions reçus à la cathédrale de Westminster par le cardinal Murphy Cormac O’Connor après la célébration de la messe. Cette messe chantée en polyphonie par une célèbre chorale a surpris notre groupe chinois. Habitués à une participation plus active des fidèles, ils avaient le sentiment d’assister passivement à un beau concert. Le dimanche suivant, après notre retraite de cinq jours, nous avons fait le pèlerinage marial de Walsingham. L’évêque John Rawsthorn qui y présidait un pèlerinage de son diocèse a exprimé sa joie devant le dynamisme de l’Eglise de Chine renée de ses cendres. Vers la fin de notre séjour, Mgr Maurice Couve de Murville, archevêque retraité de Birmingham est venu passer un après-midi avec nous et présider la messe. Il a confié au P. Thomas Jia Shaoheng le soin de présenter en chinois les points essentiels de son homélie sur l’histoire de l’Eglise en Angleterre. La prise de pouvoir sur l’Eglise par le roi Henri VIII mécontent de la fermeté du Pape n’a pas été sans évoquer chez certains des analogies saisissantes avec le conflit de pouvoir dont eux-mêmes souffrent en Chine ; évocation renouvelée lors de notre visite à l’Abbaye de Westminster. Les moines de cette abbaye échappèrent au massacre des catholiques fidèles en se soumettant au pouvoir politique. L’un des intérêts de la session d’été dans différents pays d’Europe est d’élargir la vision de l’histoire de l’Eglise et de mieux situer l’histoire de l’Eglise en Chine.