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Le christianisme

Les Religions de la Chine

En Chine contemporaine
5 religions officielles, c'est-à-dire autorisées officiellement par l'Etat:
Bouddhisme, Taoïsme, Islam, Protestantisme, Catholicisme, soit 100 millions de croyants dont 180.000 "professionnels dans leurs religions respectives."

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En Chine contemporaine
5 religions officielles, c'est-à-dire autorisées officiellement par l'Etat:
Bouddhisme, Taoïsme, Islam, Protestantisme, Catholicisme, soit 100 millions de croyants dont 180.000 "professionnels dans leurs religions respectives."

Les organisations religieuses patriotiques
aident à appliquer la politique religieuse du gouvernement, encouragent patriotisme et socialisme parmi les croyants", organisent les "activités religieuses normales", veillent a la formation du personnel religieux.
- Chinese Buddhist Association, établie en 1953. –
- Chinese Taoïst Association, établie en 1957.
- Chinese Islamic Association, établie en 1953. –
- Chinese Catholic Patriotic Association, établie en 1957. –
- Chinese Protestant 3 Self Patriotic Movement, établie en 1951.

La pratique religieuse populaire
Traditions taoïstes, bouddhistes et confucéennes mêlées.
Coutumes familiales locales aux grandes étapes de la vie et pour les fêtes annuelles:
Nouvel An lunaire, Fête des morts (Qingming), Lune d'automne, etc.
Pratique divinatoires et magiques échappant au contrôle gouvernemental.

Le fond religieux traditionnel
Animisme et divination, quête de vitalité dans l'union au Dao de l'univers; ritualisme d'harmonie avec la Loi du Ciel sanctionné par la tradition confucéenne ; culte des ancêtres ; filiation ancestrale fondement des relations familiales. Confucianisme moral et religieux sous l'Empire, jusqu'aux tentatives restauratrices de Yuan Shikai en 1915.

La politique religieuse communiste
*Violemment hostile aux religions pendant près de 30 années, la politique religieuse du Parti communiste chinois s'est élargie à partir de 1978.
*Raisons: politique générale de Front Uni pour la modernisation;    inutilité de la violence qui produit un effet contraire en renforçant les croyances;    foi en la disparition des religions à longue échéance grâce au progrès économique; effort d’éducation scientiste et transformation des croyances en service social.
*Constitution article 36: liberté de croire et de ne pas croire; rejet de tout contrôle extérieur des corps religieux.
*Mise en oeuvre de la politique religieuse:
    - par les organisations de Front Uni de parti Communiste Chinois, en particulier la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois CCPPC
    - par les organismes administratifs du Bureau des Affaires Religieuses et dans chaque religion par l'intermédiaire des associations respectives.
*Exploitation actuelle des religions mondiales à des fins économiques. Les religions doivent utiliser leurs liens avec l’étranger pour favoriser les investissements et l'afflux de devises.

Le dynamisme des religions
Les religions ont mis à profit l'élargissement de la politique religieuse gouvernementale pour reprendre vie et se développer au-delà des prévisions du Parti.
Les persécutions passées, la corruption des cadres, les échecs de l'idéologie marxiste, la course actuelle aux gains matériels ont provoqué un grand vide spirituel.
L'ouverture du pays et la multiplication des échanges avec l’étranger ont encouragé l'intérêt pour les religions
Les religions mondiales ont généralement profité de l'ouverture chinoise pour reprendre contact avec leurs fidèles en Chine et soutenir l'activité religieuse dans le pays.


Le Christianisme

1. Nouveauté de l'Evangile en contexte chinois

- Expression culturelle étrangère: églises où s’assemblent hommes et femmes; bâtiment élevé avec des tours; usage d'eau, de pain et de vin, d'huile pour les onctions; pratique de la confession des femmes jugée indécente ; refus du mariage par les vierges consacrées ; langue latine, noms bibliques dépourvus de signification en chinois, etc.

- Message du salut par grâce, non par un simple effort de perfectionnement; incarnation du Fils de Dieu et sacrifice rédempteur: la croix, perte de face, punition de hors la loi; confession et pardon de offenses: immoral et dangereux pour la société.

2. Acculturation du message chrétien

- Méthode de Matteo Ricci adoptée par les Jésuites :
    La connaissance de Dieu et la morale chrétienne ont des racines dans la tradition chinoise
    confucéenne, au moins dans sa pureté originelle.
    Les rites chinois en l'honneur de Confucius et des ancêtres sont acceptables en tant que
    marques de respect, de fidélité familiale et de loyalisme politique.
    Rejet des autres traditions religieuses chinoises (bouddhiste et Taoïste) comme superstitieuses.
Risque de comprendre la foi chrétienne comme simple morale humaniste, comme simple sagesse,
sans vraie conscience du péché et sans recours à la Croix, source de salut par grâce.

3. Premières grandes familles catholiques de Lettrés convertis au XVIIe siècle:

- Paul Xu Guangqi à Shanghai et sa petite fille Candida
- Léon Li Zhicao et Michel Yang Tingyun à Hangzhou
- Traduction et composition de textes spirituels et moraux ainsi que de nombreuses prières.

4. La répression du christianisme

- Jalousie et crainte des milieux conservateurs confucéens, des bouddhistes et de personnalités musulmanes
    Première persécution des jésuites à Nankin en 1616
- Certains missionnaires franciscains, dominicains et autres interdisant aux convertis d'observer les rites traditionnels, réaction violente des mandarins.
- La participation des femmes et les rites sacramentels rendent les chrétiens suspects de former une secte superstitieuse dangereuse pour l 'ordre impérial.
- Les conquêtes espagnoles aux Philippines et le comportement violent des commerçants portugais font craindre pour la sécurité de l'Empire.

5. Tolérance impériale pour les jésuites savants à Pékin.

- Grâce à leur science en mathématiques et en astronomie et au soutien des lettrés convertis, les jésuites peuvent servir à la cour, en particulier comme responsables du Bureau d'Astronomie.
- Ils font agir leurs bonnes relations pour protéger des chrétiens menacés dans les provinces
- Ils font connaître l a philosophie chinoise en Europe; Lettres édifiantes et curieuses



6. Diffusion clandestine du christianisme parmi les paysans pauvres.

- les missionnaires portugais, espagnols, français, italiens, annoncent l'Evangile dans les provinces éloignées de la capitale (Fujian, Sichuan, Yunnan, Shaanxi, Shanxi...)
- Etant bannis comme étrangers, ils forment des prêtres chinois à Macao, au Siam (à Ayudhia, Collège général MEP)    et à Naples (Séminaire de la Ste Famille fondé par Matthieu Ripa)
- Au XVIIIe siècle, les prêtres chinois portent tout le poids de l'Evangélisation
    (André Li, seul au Sichuan pendant dix ans, tient un journal en latin)
- des villages entièrement catholiques sont fondés pour protéger et renforcer les croyants.

Il est dans l'esprit de l'Evangile que les catholiques chinois soient surtout des paysans pauvres; mais leur absence des milieux cultivés et officiels leur rend plus difficile une pénétration plus complète de la société chinoise

7. Croissance rapide mais ambigu à l'ère coloniale

- après la guerre de l'opium en 1840, des Traités 'inégaux' sont imposés aux autorités chinoises pour protéger le commerce des puissances européennes; certaines clauses assurent la protection des missionnaires et même des chinois convertis au christianisme.
    C'est l'origine du Protectorat français des missions en Chine.
- les avantages réservés aux chinois convertis leur valent l'hostilité de leurs compatriotes.
    Le christianisme est considéré comme religion étrangère au service des puissances coloniales

8. Poussée protestante à partir de 1850

- Les missions protestantes d'esprit évangélique s'installent dans les ports ouverts; puis la China Inland Mission pénètre profondément les provinces

- Ces protestants sont généralement anti-catholiques. Ils appellent les catholiques "la vieille religion ".
- Les Protestants participent plus activement que les catholiques à l'effort de modernisation de la Chine
    par leurs publications scientifiques, leurs services éducatifs et sociaux.

9. Montée du patriotisme chinois

- Au temps de la première guerre mondiale, la jeunesse chinoise et les universitaires réagissent contre
    le s empiétements japonais et l'emprise des puissances coloniales.
- Quelques missionnaires comme Vincent Lebbe comprennent les aspirations chinoises et soutiennent
    a formation de catholiques patriotes;
- mais le grand nombre des sociétés missionnaires de tout pays craignent les idéaux révolutionnaires
    et Rome encourage plutôt la neutralité.

10. L'unification nationaliste de Tchiang Kai-shek

-A partir de 1928, Tchiang Kai-shek ayant rallié les provinces du nord établit sa capitale à Nankin.
    Le mouvement Vie Nouvelle est lancé en 1934. Des chrétiens patriotes le soutiennent.
    Mais les dirigeants sont souvent corrompus et moins déterminés que les guérillas communistes
    face à l'invasion japonaise.
- Après la guerre en 1946, la hiérarchie catholique est établie en Chine et l'évêque de Qingdao Mgr Tian est nommé cardinal


11. Répression des religions en République populaire de Chine

1. Lutte pour un christianisme indépendant, sous contrôle du Parti (1950-1957)

- Sous régime communiste, les religions chinoises traditionnelles sont réprimées comme féodales; le chrétiens sont réprimés comme "impérialistes", "chiens courants" des puissances coloniales.

- Sur la base d'un mouvement développé chez les protestants, le Parti communiste chinois lance chez les chrétiens le "Mouvement de réforme des 3 autonomies" : indépendance dans le gouvernement de l'Eglise, son financement et son activité religieuse.

- Tous les missionnaires étrangers, évêues, prêtres et religieuses, au nombre d'environ 5000 sont expulsés dans les premières années 1950.

- Les catholiques rejettent ce mouvement d'indépendance totale au nom de leur fidélité à Rome et à l'Eglise universelle. Certaines exigences communistes sont également contraires auxcommandements de Dieu mensonges, délations, meurtres)
    Le nonce apostolique Mgr Riberi est expulsé en septembre 1951

- Les dirigeants catholiques chinois sont arrêtés à leur tour. A Shanghai en 1955, l'archevêque
    Gong Pinmei , une quarantaine de prêres et un millier de fidèles sont envoyés en prison
     et dans les camps de rééducation par le travail.

- Soumis à de fortes pressions,quelques prêtres et évêques se rallient au mouvement de réforme.
    L'Association Patriotique des Catholiques de Chine est fondée en juillet 1957.

- nombre de catholiques rejettent résolument l'Association patriotique et deviennent "clandestins".
Jusqu'en 1996, ils sont poursuivis comme "illégaux".

2. Consécration d'évêques sans l'accord de Rome (1958...)

- Le 11 avril 1958 à Wuhan un premier évêque est consacré sans l'accord de Rome.
    Plus d'une trentaine d'évêques sont ensuite ainsi nommés et consacrés.
    Réaction du pape Pie XII dans sa lettre Ad Apostolorum Principis en juin 1958;
    les élections d'évêques en Chine sont déclarées illicites.

- Davantage d'églises sont fermées en Chine. Lors de la campagne anti-droitière qui fait suite
    au Mouvement des Cent Fleurs, de nombreux prêres et religieuses sont envoyés dans
    les camps de travail.

3. L'enfer de la Révolution culturelle (1966...)

- En 1966, les Gardes rouges détruisent les églises, battent les chrétiens.
    Toutes les églises sont fermées ou transformées en dépôts de marchandise, ateliers ou locaux d'habitation. Tout le personnel religieux, y compris 'patriotique' est malmené, expédié dans les camps de travail. Les livres sont brûlés.
- En novembre 1971, l'église du Nantang à Pékin est ouverte le dimanche pour une messe destinée aux étrangers résidant à Pékin. La Chine vient d'être admise aux Nations Unies.
- libération de Mgr Walsh, ancien responsable du Bureau central catholique de Shanghai et visite de Nixon en 1972.

- mort de Mao Zedong en septembre 1976

12. L'Eglise en liberté surveilllée

1. La nouvelle politique de liberté religieuse (1978)
- La nouvelle équipe au pouvoir autour de Deng Xiaoping inaugure une politique de Front Uni
    pour la modernisation. L'activisme révolutionnaire de lutte des classes est mis en veilleuse.
    Des représentants des religions prennent part à la réunion de la
    Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (CCPPC) en février 78.
- Le 15 août 1978, les catholiques de Pékin affluent au Nantang. D'autres églises sont ouvertes dans les grandes villes.
- En mai-juin 1980, 3ème assemblée générale de l'Association Patriotique des Catholiques de Chine.
    Formation d'une Commission administrative des affaires religieuses et d'une Conférence épiscopale.
- Publication du catéchisme, du livre de prières et du Bulletin L'Eglise catholique en Chine.
- Première rencontre à l'étranger en octobre 1981 pour la Conférence chrétienne internationale
    "un nouveau départ".
- Un premier grand séminaire ouvre à Shanghai en septembre 1982.
    L'année suivante: Pékin, Wuhan, Shenyang, Xi'an puis Chengdu.
- à partir de 1984, des communautés de religieuses reprennent corps et réunissent de jeunes novices.
- En 1985, la fondation Amity, animée par des protestants de Nankin et de Hongkong, inaugure des échanges avec les instituts internationaux. Envoi d'enseignants de langue en Chine, ouverture d'une imprimerie chrétienne, etc.

2. L'exploitation économique des religions (1985...)
- condamnés autrefois pour leurs relations à l'étranger, les chrétiens sont maintenant invités à utiliser leurs relations avec les pays développés pour favoriser les investissements en Chine et l'apport de devises. Ce mouvement n'a cessé de s'amplifier depuis.
- la restitution à l'Eglise de ses bâtiments divers se fait au compte-goutte ou bien donne lieu à des opérations lucratives pour les autorités locales.

3. Une nouvelle génération de prêtres et de religieuses
- de 1983 à 2003, plus de 1000 prêtres ont pu être ordonnés, environ mille jeunes religieuses ont prononcé leurs voeux.
- 40 à 50 ans les séparaient de leurs aînés, curés, professeurs de séminaires ou supérieures religieuses.
- La génération des jeunes représente en 2004 au moins les 4/5èmes des effectifs religieux en Chine.

4. Des besoins immenses de formation de la foi
- Séminaires et couvents signalent partout les déficiences de la formation spirituelle des jeunes.
    Le style traditionnel d'une vie catholique très ritualise n'attire plus les jeunes.
- L’instruction religieuse est généralement très pauvre pour les catéchumènes adultes aussi bien que pour les enfants de familles chrétiennes.
- Le repli sur soi des communautés catholiques doit céder la place à un témoignage ouvert sur la société chinoise
- Les villages catholiques demeurent des bases solides, mais de nouvelles communautés urbaines tendent à se développer avec des convertis et des fidèles de classe moyenne.

5. Echanges entre Eglises
- des professeurs de l'étranger sont invités à enseigner dans les grands séminaires régionaux de Chine.
- quelques centaines d’étudiants de théologie, prêtres, séminaristes et religieuses ont été envoyés en Amérique et en Europe depuis 1993. A leur retour, ils sont souvent professeurs ou supérieurs de séminaires.
- une douzaine de congrégations religieuses envoient des soeurs visiter les communautés en Chine.
- l'Association AITECE place des enseignants de langue anglaise dans les universités chinoise
- De France une douzaine de professeurs de français de formation chrétienne sont placés en divers instituts de Chine pour des périodes de un ou deux ans.
- A partir de 2004, la libéralisation du tourisme chinois vers les pays d’Europe entraîne des pèlerinages de Chrétiens Chinois dans les sanctuaires de Paris, Lourdes, Lisieux et Rome.


Brunner Paul, SJ    L'Euchologie de la mission de Chine    Edition Princeps 1628 et Développements                Munster, Ashendorff, 1964, 367p.
Charbonnier, Jean    Histoire des Chrétiens de Chine
            Paris, Indes savantes 2002
Charbonnier, Jean    Les 120 martyrs de Chine canonisés le 1er octobre 2000    
Paris Eglises d'Asie, 128 rue du Bac. Etudes et Documents 12
Ching Julia et Hans Küng    Christianisme et Religion chinoise    
traduit de l'anglais et de l'allemand    Seuil, Paris, 1991
Laurentin, René        Chine et christianisme, après les occasions manquées    
Desclée de Brouwer, 1977
Vermander Benoît, SJ        Le Christ chinois    Héritages et espérance    
Desclée de Brouwer, Bellarmin, 1998, 253p.
Vermander Benoît, SJ        Les mandariniers de la rivière Huai    Le réveil religieux de la Chine                    Desclée de Brouwer, 2002, 257p.