La session d’été des étudiants chinois de théologie en Europe
La Session d’été 2004 a pris place en Irlande dans le domaine des missionnaires de St Colomban. Depuis 1994, une session annuelle en chinois est organisée dans l’un des pays d’Europe où sont accueillis des étudiants de théologie de Chine. En cet été 2004, les participants atteignaient pour la première fois la centaine. Les plus nombreux venaient de Rome, puis d’Allemagne, de France, d’Espagne, d’Irlande, d’Angleterre, de Suisse et d’Autriche.
Date : 01/09/2004
Auteur : RFC
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Voici le programme suivi du 25 juillet au 11 août :
26-29/07 : Tois jours d’ateliers sur le thème : « L’intégrité humaine de la personne » par Soeur Clara Chiang, Mercedérienne de Taiwan.
L’objet: reconnaître l’enfant (le vrai « moi ») en soi, apprendre à l’accepter et à vivre avec. Essayer de comprendre les relations avec les parents proches pour que l’on sache ce qu’est une relation intime et comment la reconstruire correctement avec des gens tout en étant une personne menant une vie consacrée.
30/07 : Visites à Glendalough, la grotte où St Kevin vécut en ermite au bord d’un lac et la Cité monastique qu’il fonda au VIIe siècle. Accueil dans l’après-midi au Couvent des Sœurs de St Colomban.
31/07-04/08 : Retraite silencieuse animée par P.Bonaventure Lin, OFM.
Concentration sur l’Evangile de St Jean. Oraison et adoration.
05/08 : Visite à Dublin : Dublin Castle (Bibliothèque Chester Beatty) et Trinity College pour y admirer les enluminures du Livre de Kells.
06-07/08 : Echanges et Conférences par Mgr Eugene Nugent, représentant du St Siège, et Mgr John Tong, évêque auxiliaire de Hongkong sur « Situation de l’Eglise en Chine », « La relation Sino-Vaticane », « L’Eglise de Hong Kong et celle du continent ».
08-09/08 : Pèlerinages : Knock (site des apparitions mariales de 1879), Ballintubber Abbey (première fondation d’une communauté catholique par St Patrick au Ve siècle), montée ardue au Croagh Patrick (772m).
Notes d’une participante :
A/ Trois jours d’ateliers sous les deux thèmes - « Se réconcilier avec l’enfant à l’intérieur de soi » et « Relations intimes » - ont servi d’une bonne préparation pour la retraite. Deux films d’une grande profondeur humaine, les partages en groupes, les questions posées sur l’enfance de chacun et chacune, etc… nous ont beaucoup aidés à creuser dans nos propres personnalités, à mieux nous connaître, à nous réconcilier avec nous-mêmes et, plus encore, avec Dieu afin de pouvoir établir des relations correctes avec autrui.
B/ Partages sur le fruit des années passées en Europe :
1. Les expériences de prière (ex : Taizé ; les façons de prières des moines dans des monastères) nous ont beaucoup inspirés et enrichis, surtout pendant les périodes intensives des études. Ceci prouve que nous avons une soif extrême du renforcement spirituel. Sans prières régulières, nous serions dévorés par nos études et nous nous éloignerions de Dieu.
2. Toutes sortes de partages et d’échanges d’idées et expériences spirituelles nous ont aidés à éclaircir nos orientations pour notre futur service d’Eglise en Chine. La session d’été nous offre des occasions précieuses. Nous espérons qu’elle aura lieu tous les ans.
3. Faire des études et vivre à l’étranger nous ouvre un autre horizon du monde. Les soutiens donnés par des communautés, des congrégations, des sociétés religieuses nous aident à franchir des seuils difficiles quels que soient les domaines : études, vie quotidienne, relations avec des gens à l’entour, etc.
C/ La retraite « traditionnelle » en silence convient très bien aux étudiants chinois. Celle-ci leur permet de méditer davantage et de mieux se concentrer.
D/ Les conférences et ensuite les partages dans les groupes fournissent des échanges riches et très utiles. L’exposé du représentant du Saint Siège résident à Hongkong a fait connaître aux étudiants les situations complexes et le travail difficile auquel il est affronté.
Les interventions du Mgr. John Tong, auxiliaire à Hongkong, et des autres professeurs ont donné des points de vues différents sur l’Eglise en Chine, qui a permis aux étudiants à voir plus clairement leurs responsabilités d’évangélisation du peuple chinois.
Les échanges entre étudiants nous font réfléchir surtout sur le thème : comment aider l’Eglise en Chine d’après ses besoins mais non pas nos besoins ?
Résumés des paroles des étudiants :
1. Nous souhaitons que l’Eglise universelle connaisse mieux l’Eglise de Chine. Veuillez ne pas dire n’importe comment et n’importe quoi si vous ne connaissez, ni ne comprenez vraiment l’Eglise de Chine et ses peuples. A vrai dire, l’Eglise universelle juge parfois l’Eglise de Chine sans se rendre compte qu’elle est blessée par ce genre de paroles et d’actions. Veuillez la contacter avant de vous prononcer. De notre côté, nous sentons la responsabilité de faire connaître notre culture et notre Eglise à l’Eglise universelle pour une meilleure connaissance mutuelle.
2. L’Eglise de Chine n’est pas encore mûre. Nous espérons que l’Eglise universelle continuera à l’aider. Les étudiants ne sont pas satisfaits d’obtenir certains diplômes ou certificats sans connaissances réelles avec lesquelles ils pourront servir l’Eglise en Chine. Veuillez ne pas fixer des limites aux matières qu’ils veulent apprendre, imposer les cursus qu’ils estiment non adaptés aux besoins de l’Eglise de Chine, car ce sont eux qui connaissent le mieux les besoins locaux. Ce sont eux aussi qui sont chargés d’apprendre rapidement les cours de théologie afin d’enseigner en Chine et former les jeunes séminaristes et sœurs. Ils ont l’impression de gaspiller du temps, de l’énergie et de l’argent à apprendre ce qui est moins important pour l’Eglise chinoise actuelle.
3. Sur la procédure des études : veuillez permettre aux étudiants chinois de se consacrer à l’étude de la langue toute la durée voulue. Sans une base solide de langues, les études deviennent extrêmement difficiles pour ces adultes qui passent leur vie quotidienne sous pression énorme.
4. Sur la mauvaise adaptation dans les communautés d’accueil : dans les communautés internationales, il existe des disciplines et des règles spéciales de communauté. Les étudiants chinois les étudiantes de Chine sont obligés de les respecter. Sinon, les accusations arrivent sans pitié ni charité. La plupart des conflits sont dûs à une mauvaise connaissance de la Chine et de sa culture.
5. Sur le conflit personnel : la formation dans les séminaires et les convents de Chine est très conservatrice. Au sortir de la Chine, un monde très ouvert se présente immédiatement. C’est évident que la plupart des étudiants chinois ne peuvent pas s’adapter. Dans ce cas là, les rassemblements spirituels ou au moins quelques directeurs spirituels sont beaucoup demandés. Mais cette soif n’est pas satisfaite. Les menaces demeurent cachées car la personne peut se sentir non écoutée ou mal comprise. Elle pourrait quitter la vie religieuse pendant la période de ses études ou plus tard, quand elle rentrera en Chine.
6. L’Eglise universelle nous a beaucoup aidés. Mais parfois, elle aide à partir de ses propres besoins et non pas des nôtres. La formation en Europe place l’accent sur les savoirs et non pas la croissance spirituelle personnelle.
7. Les séminaires de Chine ont besoin d’énormément de livres mais nous n’en avons jamais assez. Nous avons besoin d’aides concrètes pour la formation dans les séminaires en Chine. Nous avons besoin d’enseignants et de directeurs spirituels. Nous avons besoin d’un système éducatif bien organisé et de livres d’enseignement progressif pour des séminaristes et des sœurs. La majorité des futurs prêtres et des religieuses étudient en Chine. Nous sommes seulement une minorité à avoir la chance d’être ailleurs.
8. Les étudiants doivent apprendre la culture chinoise, la langue chinoise, la philosophie chinoise avant d’apprendre celles de l’Occident. Ils sentent l’insuffisance du savoir de leur propre culture.
9. Les étudiants doivent établir la confiance entre eux en profitant leur séjour en Europe. L’une des raisons de la division de l’Eglise en Chine est le manque de confiance et de charité entre les catholiques des deux communautés : clandestine et officielle. Les deux communautés de l’Eglise en Chine manquent de transparence, de coopération et de contacts mutuels. Voire dans la même communauté, ces manques existent : chacun pour soi.
10. l’Eglise de Chine ne regarde pas encore les minorités et les marginaux de la société. Nous n’avons pas encore entrepris la mission de prophète et de serviteur des peuples. Nous avons des paroles mais, manquons d’actions.