La Chine fait sa percée dans le monde protestant
L’archevêque de Canterbury Dr Rowan Williams a fait le tour des grandes cités de Chine : Shanghai et Nanjing où se trouvent les centres protestants les plus actifs...
Date : 07/03/2007
Auteur : Jean Charbonnier
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Du 8 au 23 octobre, l’archevêque de Canterbury Dr Rowan Williams a fait le tour des grandes cités de Chine : Shanghai et Nanjing où se trouvent les centres protestants les plus actifs, Wuhan au centre de pays, puis Xi’an au nord-ouest et finalement Beijing. Il a pu rencontrer les personnalités politiques et religieuses de premier plan : protestants et catholiques, bouddhistes, musulmans, intellectuels, chefs d’entreprise et dirigeants d’ONG. Dr Williams est le chef spirituel de 77 millions d’Anglicans. A son retour en Angleterre, certaines critiques lui ont été adressées en particulier par le groupe ‘Christian Solidarity Worldwide’ :
Ses rencontres officielles lui auraient donné une fausse image de la situation religieuse réelle. D’après un article de Ekklesia du 20/10/3106, l’archevêque a répondu sur la BBC qu’il était trompeur de dire que tous les dirigeants officiels des Eglises étaient contrôlés par l’Etat et que seuls les chrétiens clandestins étaient dignes de foi. Il a expliqué qu’il était sans doute important de s’inquiéter du manque de liberté d’expression et du mauvais traitement des minorités religieuses en Chine, mais qu’il était également vital de développer des échanges positifs avec des Eglises en croissance rapide cherchant à jouer un rôle constructif dans la société chinoise.
L’archevêché anglican de Lambeth Palace a diffusé le texte complet de la conférence donnée par Dr Williams à l’ambassade britannique de Pékin à l’issue de ses deux semaines de parcours en Chine. Voici quelques extraits des remarques faites par l’archevêque :
“…Le but de cette visite était double: gagner une meilleure compréhension de la communauté chrétienne en Chine (catholique aussi bien que protestante) et explorer comment construire une relation durable et plus profonde entre l’Eglise d’Angleterre et les organismes chrétiens jumeaux du Mouvement Patriotique des Trois autonomies (TSPM) et du Conseil Chrétien de Chine (CCC) en vue de la formation du clergé et des laïcs. Je crois que nous avons atteint cet objectif et que nous pouvons maintenant développer quelques voies spécifiques de partage des talents et ressources que nous avons commencé à discuter avec nos hôtes. L’évêque David Urquhart de Birmingham va s’occuper de cette tâche…
« Mais je dois dire qu’en d’autres aspects cette visite a dépassé nos espoirs et nos prévisions. J’ai été profondément frappé que dans certaines régions de Chine le pourcentage de la population allant à l’église le dimanche est au moins aussi grand et en certains cas plus grand que dans probablement la plupart des pays d’Europe. Nous avons vu et discuté un large éventail de projets pour le soin des enfants, le service de santé dans les campagnes, l’aide et la défense des migrants et bien d’autres préoccupations dont l’Eglise s’est chargée, et nous applaudissons le soutien que le gouvernement est prêt à leur apporter.
« Si la Chine veut développer une sorte de société civile qui garantira stabilité et harmonie, l’Eglise est un partenaire vital. Je suis frappé par la remarque d’un haut dirigeant sur le rôle potentiel des écoles chrétiennes du dimanche pour soutenir ici la croissance d’une moralité publique mûre et stable. En parlant aux étudiants de trois universités, j’ai également constaté leur vif intérêt à explorer ce que le christianisme peut offrir à la pensée sociale et politique. Les perspectives ouvertes à l’Eglise sont énormes et son énergie est enviable; mais sa capacité demande à être construite en urgence… »
Sur l’intégration politique de la religion :
« La situation de base en ce qui concerne la religion, me semble être inséparable d’une philosophie politique gouvernementale de base. C’est que toute activité de groupe est autorisée d’en haut… C’est comme pour les ONG. Toute activité de groupe doit être coordonnée par l’autorité unique et exclusive de l’Etat. C’est un problème général. Dans ce cadre, il y a un degré remarquable de liberté et d’initiative pour de nombreux groupes religieux…
« J’aimerais dire aussi que le tableau plutôt noir et blanc que nous recevons en occident – une Eglise clandestine et une Eglise officielle- ne correspond pas vraiment à ce qu nous avons rencontré. Il y a un éventail d’activité chrétienne, il y a une présence d’Eglise visible, il y a divers groupes chrétiens qui ne sont pas enregistrés ou pas encore enregistrés, certains qui ne veulent pas s’enregistrer, d’autres qui voudraient mais qui sont frustrés par les règlements, d’autres qui font des réserves particulières. C’est un éventail très large et je dirais que le passage de l’un à l’autre, spécialement dans les régions rurales, est loin d’être bien défini.
« L’un des problèmes est que dans l’état actuel des règles gouvernementales, il est difficile pour les autorités de distinguer clairement entre une église domestique protestante orthodoxe ordinaire et un ‘culte’ tel que ‘L’illumination orientale’ qui représente manifestement une activité criminelle. Les deux sont simplement non enregistrés. J’ai soulevé cette question pour le futur : comment pourrait-il y avoir une distinction plus claire entre les groupes qui ont la foi et les pratiques du courant principal chrétien et ceux qui sont plus extravagants. C’est une question que j’ai posée à l’Eglise ici aussi bien qu’aux gens du gouvernement »
La visite en Chine de Dr Williams a été suivie en novembre par une visite du secrétaire général du Conseil mondial des Eglises Rev. Samuel Kobia.. A Shanghai, il met en lumière l’apport unique des chrétiens de Chine au mouvement oecuménique dans la déclaration suivante:
« Sans la participation de l’Eglise chinoise au mouvement œcuménique et au Conseil Mondial des Eglises en particulier, nous serions une communion beaucoup plus pauvre. Ceci parce que vous représentez quelque chose d’unique qui est aujourd’hui très nécessaire au mouvement oecuménique. En tant qu’Eglise post-dénominationnelle, vous êtes un cas particulier et nous voulons apprendre davantage de votre part. »
Depuis la reprise des activité religieuses en 1978, les Eglises protestantes des principales ‘dénominations’, c’est-à-dire des confessions anglicane, méthodiste, luthérienne, baptiste, etc, se sont associées pour produire une catéchèse commune et célébrer leur liturgie dans un même lieu de culte. C’est à cette expérience unique que Samuel Kobia fait allusion.