La Chine du Nord au Sud (8-20 octobre 2005)
Agence Chemins et rencontres, Société Romand Mâcon Voyages
Accompagnement par le P. Jean Charbonnier MEP
Participants surtout Savoyards. 30 personnes dont 10 prêtres et un diacre.
Dimanche 9. Les grands espaces de Pékin
Date : 18/11/2005
Auteur : Jean Charbonnier
Retour | Imprimer
Arrivée à Pékin à 8h du matin sous un ciel radieux légèrement voilé de brume opale. La guide Mme Li Guihua nous mène directement sur la place Tian an men (Porte de la paix céleste). Nous y accédons à partir de la zone sud dominée par les deux bâtiments imposants de Qian men (la Porte du devant). Ces deux portes formaient autrefois un même bastion soudé au rempart Elles sont aujourd’hui séparées par une grande avenue. Elles font la limite entre la ville « tartare » (mandchoue) au nord et la ville chinoise au sud. La grande place Tiananmen est peuplée d’une foule bigarrée de touristes chinois venus de tous les coins du pays. Ils viennent se faire prendre en photo devant les parterres de fleurs et les jets d’eau spécialement aménagés pour fêter le 56ème anniversaire de la République populaire de Chine proclamée solennellement sur cette même place par Mao Zedong le 1er octobre 1949. A l’est de la place, une grande horloge compte les jours, les heures et les minutes qui restent avant les jeux olympiques de 2008. Quittant la place pour rejoindre l’autocar parqué au sud ouest, nous constatons que nous ne sommes plus que 29 au lieu de 30. Charles Bibollet-ruche est resté contempler le monument aux héros du peuple et n’a en main que l’adresse de l’hôtel où nous devons nous rendre l’après-midi. Grâce à ses compatriotes lancés a sa recherche, nous le retrouvons sain et sauf. Toute la police de Tiananmen sait déjà qu’un Français s’est perdu et cherche son chemin. Le repas servi dans un restaurant un peu passé de mode, près de la place Tiananmen.
Le personnel de l’hôtel New World (Xin shijie Wanyi) qui nous accueille parait un peu débordé. A trois heures de l’après-midi, les deux tiers de nos chambres ne sont pas encore faites…Après un bref temps de repos nous prenons pourtant la route pour nous rendre au Temple du Ciel tout proche. Nous entrons par la porte Est. Sous une galerie élégante nous découvrons de vieux pékinois absorbés dans des jeux de cartes ou d’échecs. D’autres chantent en groupe avec beaucoup de flamme. Un musicien d’opéra joue de son violon à deux cordes tandis qu’un vieux chanteur professionnel lui fait face vibrant de tout son corps au chant une partition qu’il débite par cœur. Le temple du ciel où l’empereur venait prier chaque année pour des moissons abondantes ne nous est malheureusement pas accessible pour cause de travaux .Mais nous pouvons nous attarder dans le temple circulaire au toit bleu d’une harmonie extraordinaire où l’empereur honorait ses ancêtres. Deux temples voisins abritent les insignes et emblèmes de toutes les puissances du ciel et de la terre : soleil, lune, constellations, et les cinq éléments : métal, bois, eau, terre, feu. Ces enseignes accompagnaient le cortège impérial. Cheminant en suivant le parcours inverse de l’empereur, nous atteignons enfin le tertre du ciel disposé en trois étages séparés par 9 marches, les dalles de la terrasse supérieure étant elles-mêmes des multiples de 9, le chiffre neuf signifiant plénitude de Yang par contraste avec la terre qui est Yin.
Ce pèlerinage au ciel est suivi d’une grand’messe dominicale au Beitang, «église du nord », dédiée au Saint Sauveur. Les prêtres de notre groupe concélèbrent autour du jeune père Li Hui, originaire du diocèse de Pingliang au Gansu et aujourd’hui employé au centre pékinois de l’Association patriotique des Catholiques. Nous remercions à la sortie de P. Liu Yongbin, curé de cette paroisse qui fut autrefois la « Mission française » d’abord gérée par les jésuites puis par les lazaristes.
Lundi 10. La Cité interdite
Matinée consacrée à la visite de la Cite interdite. Le car nous dépose a la Porte Est et nous longeons les douves. Les remparts de la cité pourpre y reflètent leur teinte rosée sous le soleil du matin. L’entrée majestueuse de la Porte du Midi nous rappelle certains épisodes du film « Le dernier empereur ». Nous pouvons également évoquer la foule des dignitaires et des hommes d’arme alignés dans la vaste cour face au palais de l’harmonie suprême (Taihe gong). Le jeune empereur Puyi encore enfant fit son apparition devant eux, à l’entrée de la salle du trône. Nous pouvons admirer au bord des escaliers les grands brûle parfum qui dégageaient des nuages de fumée sous les pieds du Fils du Ciel. Sur la terrasse du palais, divers symboles indiquent la longévité de la dynastie au pouvoir : tortue a la carapace ronde comme le ciel et le ventre carre comme la terre, grue au long cou élance capable de retenir le souffle vital, cadran solaire orienté vers le sud. Les salles que nous visitons permettent d’évoquer le souvenir du grand empereur Qianlong qui marqua le XVIIIe siècle et de la favorite Cixi qui sut s’emparer du pouvoir impérial et retarda l’accès de la Chine à la modernité.
Le car nous attend près de la sortie nord, sous la colline du charbon. Mendiants et vendeurs de souvenirs « Rolex, rolex » nous assaillent sur le trottoir …Heureux de nous asseoir un moment dans le car, nous devons bientôt reprendre la marche à pied, car notre guide Mme Li nous entraîne tambour battant vers un restaurant situé tout au nord du grand lac Beihai. Le retour au car se fera heureusement dans des mini wagons. Sur quoi nous sommes conduits dans un magasin de soieries : cinq minutes d’explication a l’entrée avec démonstration de dévidage des cocons, puis une bonne demi-heure consacrée aux achats.
Suit une promenade au liulichang, la « rue des antiquaires ». Cette rue se prolonge en un quartier populaire où nous pouvons côtoyer de petits commerçants et goûter l’atmosphère du vieux Pékin. Personnellement j’y achète des chaussette souples a 1 euro la paire et un VCD du fameux film chinois « le paon » pour 1€,60. Au départ de ce quartier, le chauffeur du car nous fait passer devant le Nantang, l’église du sud, bâtie sur un terrain offert par l’empereur au jésuite Matteo Ricci au début du XVIIe siècle. De là nous rejoignons Tiananmen par une ruelle du quartier ouest (Xidan) et nous poursuivons jusqu'à la célèbre avenue Wangfujing pour nous arrêter un moment près du Dongtang, « église de l’est ». Une grande place fleurie dégage bien la façade de l’église. Nous avons la chance de la voir s’illuminer a la tombée de la nuit. Il n’est pas banal de voir le site le plus populaire de la Chine moderne renfermer en son cœur une église catholique qui conserve encore tout le prestige de l’ère impériale…
Le dîner prenant place dans un restaurant proche de la Place Tiananmen, nous pouvons aller faire une promenade digestive sur la place et y admirer les illuminations de la fête nationale.
Mardi 11. Pèlerinage a la Grand Muraille.
Tandis que notre autocar se dégage lentement de la circulation pékinoise, notre guide nous parle de la vie en Chine, de l’éducation de son fils âgé de 12 ans, de sa participation à des rencontres en France, à Paris, Lyon et Colmar pour discuter des questions de réinsertion et de formation permanente. Après une brève prière matinale, je donne quelques aperçus de la pensée de Confucius et de son disciple Mencius, en particulier leur perception d’une nature humaine fondamentalement bonne qui doit être cultivée par l’étude. Ces considérations s’arrêtent à notre arrivée dans le quartier de Huairou ou nous visitons une fabrique de cloisonné accompagnée bien sur d’un vaste magasin de vente. René Sylvestre se contente d’une petite urne où il souhaite qu’on mette une partie de ses cendres de façon qu’une partie de lui-même soit enterrée dans le cimetière chinois de Swatow et l’autre partie en Savoie. Ce sera sans doute dans un lointain avenir vu la vitalité de notre compagnon de route.
Vers midi, nous atteignons à Mutianyu la grande muraille haut perchée sur les crêtes montagneuses. Il faut grimper une ruelle bordée de commerçants puis des escaliers menant à la gare du téléphérique et enfin d’autres escaliers à la sortie du téléphérique. Nous savoyards réussissent la prouesse d’y monter Jean Jacques assis dans sa chaise à roulettes. Les dernières marches hautes et étroites sont particulièrement hasardeuses, mais Jean Jacques a la joie de dominer la Chine du haut de la grand muraille et son frère Maurice la joie de l’avoir monté jusque la. Quant au porteur adjoint Yvon qui a fait 40 fois l’ascension du Mont Blanc, il se lance de suite vers les sommets où s’allonge la muraille et s’engage même sur les pierrailles branlantes de la partie non restaurée.
Un repas campagnard en bord de route nous remet de ces émotions et les chansons fusent dans l’autocar. Nous naviguons parfois sur une couche de paille que les paysans étendent sur la route pour la faire sécher.
Parvenus dans la région occupée par les 13 tombeaux des empereurs Ming, nous visitons le Chang ling, tombe de l’empereur Yongle qui fut le bâtisseur du Palais impérial de Pékin au début du XVe siècle. Les vaisselles d’or, couronnes et robes impériales qui y sont exposés provienne du Dingling, tombe de l’empereur Wanli qui régnait au temps de l’arrivée en Chine de Matteo Ricci. Au crépuscule, nous progressons lentement sur la voie sacrée bordée de dignitaires et d’animaux fabuleux qu’empruntait l’empereur pour se rendre sur les tombes.
.Mercredi 12. De Pékin à Xi’an
Notre dernière matinée à Pékin est occupée a visiter deux sanctuaires représentatifs l’un du bouddhisme tibétain, l’autre de la tradition confucéenne. Le temple des Lamas, ancien palais Yonghe gong, ne peut être visité qu’en partie, car il s’y tient une conférence internationale importante, en fait la première du genre, sur l’exégèse des Ecritures du bouddhisme tantrique. Depuis un bas côté de la grande salle dédiée à Songkapa, le fondateur de la secte du bonnet jaune, nous assistons médusés à une sorte de défense de thèse face à un jury de moines éminents. Le bonze qui soutient sa thèse défend son interprétation avec vigueur et aplomb, répondant du tac au tac aux questions et objections qui lui sont faites. La grande salle où se dresse la statue géante du Bouddha Maitreya est malheureusement fermée au public. Mais on peut faire le tour d’une exposition remarquable de statuettes des bouddhas et bodhisattvas de la tradition tibétaine.
A quelques pas de là, le Temple de Confucius est également ferme en partie pour cause de travaux, mais on nous sert une aubade de musique traditionnelle. Des instruments à vent et à corde nous sont présentés : le sheng, petit orgue de bouche, le yu, petite boule percée de quelques trous qui donne le son d’une flûte, le guzheng, instrument a cordes pose sur une table. Les musiciennes en costume approprié exercent un véritable rituel. Elles nous rappellent combien la musique était liée aux rites préconisés par Confucius pour assurer l’harmonie dans l’Etat. Aujourd’hui, le président Hu Jintao recommande une « société harmonieuse » et Confucius est remis à l’honneur.
Après un repas rapide au jardin du Ditan, Temple de la Terre, nous arrivons à l’aéroport tout juste à temps pour prendre l’avion de Xi’an. Mais le départ est heureusement retardé d’une heure, ce qui permet de faire reproduire par l’agence un billet perdu et à certains de faire quelques emplettes.
A Xi’an nous sommes accueillis par un guide qui manie le français avec brio et nous présente son nom, Jean Vincent Meng en une cascade de plaisanteries versifiées. Il nous vante les mérites de Xi’an, l’ancienne Chang’an de la dynastie des Tang avec une volubilité quelque peu lassante. Xi’an qui signifie « la paix de l’ouest » compte aujourd’hui 7 millions et demi d’habitants dont 4 millions dans la ville même. Nous logeons dans l’immense bâtisse carré du Diamond International Hotel. Nous apprenons à y parcourir des couloirs sans fin pour aboutir à des chambres démesurées et dormir dans des lits où 5 personnes pourraient facilement s’allonger. La soirée nous réserve une surprise : un superbe spectacle de chants et danses hérités de l’ère Tang (7ème – 9ème siècles). Les danseuses dessinant des volutes avec leur longue écharpe ou jouant de leurs longues manches évoluent avec une grâce incomparable. Des virtuoses de la flûte ou des tambours tiennent le public en haleine. La scène finale réunit tous les artistes autour de l’empereur Tang Taizong et de sa favorite Yang Guifei. Un spectacle inoubliable…
Jeudi 13. L’armée enterrée du premier empereur de Chine..
De bon matin, car passe par la fameuse tour centrale de l’horloge pour nous mener à la cathédrale St François d’Assise située wuxingjie, rue des cinq étoiles, au sud ouest de la ville. Le P. Jean Charbonnier préside la messe en français, tout le groupe étant réuni dans le sanctuaire autour de l’autel. Commentant sur les invectives de Jésus contre les pharisiens hypocrites, il rappelle que les Chinois ont la même exigence de sincérité dans leur tradition confucéenne. Ce qui leur manque par rapport a la tradition biblique, c’est le sens du péché et d’un salut par grâce.
Nous visitons ensuite la grande Pagode de l’oie bâtie au VII siècle pour abriter les Ecritures bouddhistes rapportées du nord de l’Inde par le moine chinois Xuanzang. La statue du célèbre pèlerin domine la place aménagée devant le temple. L’épopée de ses 17 années sur la route de la soie et en Inde a fait le sujet d’un grand roman connu de tous les Chinois : le Pèlerinage a l’ouest (Xiyou ji) , traduit en français sous le titre « Le Singe pèlerin ».
Puis c’est la visite du magasin des jades, précédé d’un exposé en français sur les différentes qualités de jade suivant des critères de dureté, de transparence, de teinte et de veinures. Le repas de midi nous est servi dans la salle du théâtre ou a pris place le spectacle de la veille. Il s’agit d’un buffet avec un grand choix de plats cuisinés.
Ce régal plantureux peut être suivi d’un moment de sieste dans les fauteuils de l’autocar tandis que nous parcourons 60 kilomètres vers l’est jusqu’au grand tumulus sous lequel reposent les restes du premier empereur chinois Qin Shihuang qui unifia la Chine au IIIe siècle avant notre ère. Quelques kilomètres au delà du tumulus, nous visitons les quatre fosses creusées pour mettre a jour les milliers de statues en terre cuite de soldats et chevaux enterres. Les galeries sous lesquelles l’armée était rangée en bataille se sont effondrées à la suite de l’incendie provoqué par le général Xiangyu peu après la mort de Qin Shihuang. Les statues souvent réduites en miettes doivent être patiemment reconstituées.
Notre retour à Xi’an est consacré à un aperçu de l’Islam en Chine. La grande mosquée construite sous les Ming suit le modèle des temples chinois avec une succession de portiques auxquels s’intègre le minaret peu élevé. Les services annexes, tel le lieu des ablutions, sont disposés sur les bas côtés. La longue allée centrale mène à la grand salle de prière au fond de laquelle nous pouvons apercevoir le mihrab orienté à l’ouest vers la Mecque et le haut minbar sur la droite. Les ruelles populaires qui mènent à la mosquée sont fort animées avec un grand choix de bibelots et souvenirs sur les étalages. Beignets, galettes, grenades et fruits divers éveillent l’appétit des passants. Mais le dîner nous est servi a l’hôtel où les dames de notre groupe offrent une aubade à notre guide Jean Vincent sur l’air de « Il était une chèvre de fier tempérament… ballotant de la queue et grignotant des dents » Nul doute que Jean Vincent se fera un plaisir de servir cette jolie création rimée et rythmée au prochain groupe de touristes.
Vendredi 14. Du nord au sud de la Chine.
C’est l’épouse de Jean Vincent Lei Xiuqin (Mme Meng) qui nous accompagne à l’aéroport de Xi’an. Etant employée dans la recherche en zoologie, elle est intarissable sur le nouveau système de crédits à la recherche. Le salaire des chercheurs est payé par l’Etat, mais ils doivent eux-mêmes trouver les projets de recherche auprès des entreprises, faute de quoi ils peuvent être limogés au bout d’un an sans avoir obtenu de contrat.
En deux heures de vol environ nous passons de la Chine du nord à la Chine du sud. A Canton, le ciel est bleu et la chaleur surprend.. Surprenante aussi cette cité où voisinent nouveaux gratte ciels et immeubles plus anciens. L’autoroute en viaduc serpente entre les façades des maisons que le fracas de la circulation éclabousse en permanence. Le guide local, Quentin, un grand jeune homme ébouriffé d’humeur joyeuse nous annonce qu’il nous accompagnera jusqu’à notre sortie de Chine a Shenzhen. Etant interprète et non guide professionnel, il fera souvent preuve d’une certaine confusion sur les directions à prendre et dans l’usage de son téléphone mobile. Il n’en sera pas moins un joyeux compagnon. Il nous mène d’abord au « Palais de cristal » (shuijing gong) pour un excellent repas en salle climatisée. Puis le car nous mène a la grand cathédrale appelée localement « la maison de pierre » (shishi). Le grand édifice bâti par le vicaire apostolique Mgr Guillemin, MEP, sur le modèle de Ste Clotilde à Paris est malheureusement en cours de restauration et la majestueuse façade est voilée du haut en bas. Une vaste salle basse voisine de la cathédrale sert temporairement au culte. Le jeune père Gan, curé du lieu et chef du diocèse depuis la mort de l’évêque vient nous parler du diocèse de Canton et chanter avec nous un Pater noster.
De la cathédrale nous sommes vite rendus dans l’île de Shamian « le banc de sable », site des anciennes concessions française et anglaise. Les demeures ont gardé leur allure de résidences européennes. L’axe central de l’île a été heureusement aménagé en parc où les jeunes et les moins jeunes se détendent entre des statues représentatives de la vie a Canton. De jeunes mariées en robe blanche se font photographier devant l’église Notre-Dame de Lourdes, une église gothique dont elles apprécient le décor exotique.
La soirée est une découverte de Canton by night : rêverie sur les rives de la Rivière des perles discrètement ourlées d’un liserai de lumière bleu. Une jeune chinoise solitaire y joue du saxophone. Puis nous nous arrêtons sur la place de la cascade, face au plus haut gratte ciel de la ville et peut-être même de toute la Chine avec ses quelque 450 mètres.
Samedi 15. La route en autocar de Canton à Shantou
Long ruban d’autoroute de 8h. à 15h. Mais pas d’ennui dans l’autocar. Jean Jacques a sorti sa guitare et nous fait vibrer à l’écoute de ses chants. Au passage à Haifeng, nous évoquons le souvenir du premier mouvement révolutionnaire paysan mené par Peng Bai en !925. C’est à Haifeng qu’il organisa un premier soviet. En 1927, Mao Zedong organisait au Hunan un mouvement paysan de plus grande ampleur. Comme nous arrivons dans le diocèse de Shantou, René Sylvestre nous raconte avec enthousiasme l’expérience de ses premières années missionnaires de 1946 a 1952 : accueil des enfants pauvres dans une nouvelle école ouverte pour eux, distribution de riz aux familles affamées lors d’une famine, projet de construction d’une nouvelle église…Témoignage étonnant d’un passe vécu il y a près de 60 ans !
Une jeune guide locale Zheng Yina nous attend sur un trottoir au centre ville. Elle nous présente la ville en chinois car son anglais ne va pas loin bien qu’elle l’ait étudié à l’université du tourisme. Sa connaissance des traditions chinoises ne dépasse guère les perceptions populaires. Elle nous mène visiter l’île dédiée à Guanyin sous le grand pont qui enjambe le golfe de Shantou. Au pied de cette colline boisée, un petit temple taoïste est fréquenté par les fidèles de Tian hou, la « Reine du Ciel », un titre qui désigne aussi Mazu la divinité protectrice des marins et pêcheurs.
Dimanche 16. Une messe géniale à la cathédrale de Shantou.
Notre arrivée a la cathédrale de Shantou était soigneusement préparée par le curé Huang Bingzhang. Des étoles vertes et rouge brodées par les sœurs sont d’abord offertes en cadeau aux dix prêtres de notre groupe. Une trentaine d’enfants de chœur filles nous précèdent. Une cinquantaine d’autres enfants prennent place dans les rangs de la chorale. Un autre groupe d’enfants est habillé pour la procession d’offertoire. Les fidèles inondent toute la grande église, deux ou trois rangs étant réservés sur le devant pour notre groupe français. Notre entrée processionnelle provoque des vagues dans cette foule attentive et accueillante. René Sylvestre est invite a dire a dire quelques mots dans cette langue teochew qu’il a apprise ici même plus de cinquante ans auparavant. Il est bien compris de tous, car les rires fusent et les gens applaudissent. Je parle ensuite en mandarin pour remercier l’assemblée de son accueil et pour féliciter ce peuple teochew de sa fidélité et sa solidarité en Eglise. J’ai bien connu nombre de leurs parents et amis parmi les immigrés chinois de Singapour. Les catholiques teochew de Singapour et de Malaisie ont financé la reconstruction de plusieurs églises dans le diocèse de Shantou. Je leur parle de ce soutien mutuel entre frères et sœurs dans la foi après l’homélie du curé, car le P. Huang Bingzhang nous invite alors à parler aux fidèles une deuxième foi. Après la messe, les célébrants se tiennent devant l’autel pour une photo de groupe. Nous sommes vite rejoints par les vieux amis de René Sylvestre et par les enfants. Tous les membres de notre groupe se trouvent en fait entourés d’une grappe d’enfants, en particulier notre handicapé Jean Jacques qui trône comme un prince oriental sur sa chaise a roulettes. C’est ensuite une cavalcade jusque dans le clocher pour admirer une cloche fondue en Alsace en 1784. Le Père Thomann nous lit l’inscription gravée sur la cloche en alsacien.
Suit une réception dans une grande salle en sous sol. Le P. Huang Bingzhang nous offre des boissons et en petit cadeau pour chacun un œuf décoré sur lequel est peinte l’image de la cathédrale. Il nous présente sur écran les activités pastorales de la paroisse. L’Eglise à Shantou est jeune et d’un dynamisme surprenant. Le P. Huang prend place ensuite dans notre autocar et nous invite tous à déjeuner dans la ville voisine de Chenghai. Il nous montre au passage le terrain sur lequel doit être bâti en deux ans une nouvelle église de la Ste Famille, à 7 kilomètres de la cathédrale. Le P. Huang a eu soin d’inviter au banquet le directeur local du bureau des affaires religieuses et son épouse. Ses bonnes relations avec les autorités locales lui ont permis de récupérer nombre de propriétés d’Eglise autrefois confisquées par le Parti.
Le banquet est splendide. Nous passons ensuite faire une brève visite a l’église Saint Roch de Chenghai. Les chrétiens du lieu nous y ont préparé un verre de chrysanthème qu’ils nous servent devant une énorme statue de Saint Roch aux couleurs vives. Les anciens du lieu racontent qu’autrefois Saint Roch a délivré la population locale d’une épidémie. Notre guide aurait du ensuite nous mener visiter un grand temple bouddhiste situe dans un île en face du centre ville. Charmante mais un peu gamine, elle préfère nous mener dans un parc montagneux agrémenté de quelques attractions : partie de bateau sur une rivière, visite mystérieuse du ventre énorme d’un bouddha Maitreya tout doré, grand toboggan et télésiège tout neuf. Nous optons pour le télésiège. A l’arrivée au sommet, un appareil photo bien placé prend automatiquement la photo des couples qui émergent. Les photos sont immédiatement traitées sur ordinateur et vendues aux visiteurs à 1 euro pièce. Comment ne pas les acheter ?
Lundi 17. Shenzhen, phare de la réforme économique chinoise
Tandis que notre autocar s’achemine vers Shenzhen pour une dernière étape sur le continent chinois, je réponds à une requête du groupe en traçant les grandes lignes de la Révolution chinoise au XXème siècle. Puis nous reprenons les refrains de « tout va très bien Mme la marquise » au moment même où un gros camion nous fait une queue de poisson qui aurait pu nous projeter sur le bas côté de la route sans le réflexe et l’habileté de notre chauffeur. A l’arrivée sur le territoire de Shenzhen, nous franchissons sans qu’on nous arrête un contrôle de police. Notre guide Quentin fait cette fois bon usage de son portable pour communiquer avec la guide locale Cai Shaona qui indique le chemin à notre chauffeur jusqu’au restaurant devant lequel elle nous attend. Cette jeune nous fait traverser la vaste ville toute neuve en nous parlant avec enthousiasme de l’exposition internationale de technologie avancée qui prend place en ce moment dans le Parc industriel et en nous expliquant que la population locale venue de tous les coins de Chine est jeune et entreprenante. Un grand panneau domine la place centrale avec un portrait géant de Deng Xiaoping, l’homme qui permit l’envol de l’économie chinoise en faisant de Shenzhen un nouveau Hongkong sur le territoire chinois.
L’église Saint Antoine de Padoue elle-même nouvellement bâtie se veut de style chinois avec un toit en forme d’aile et une vaste nef sans colonne, bien adaptée aux assemblées liturgiques. Le curé Vincent Han vient de Pékin. Il a fait en 1994 le tour des pèlerinages de France. Sur les 5 prêtres de service à Shenzhen, 3 viennent du nord de la Chine. Peu importe qu’ils ne sachent pas parler cantonnais puisqu’à Shenzhen les gens viennent de toutes les provinces de Chine et savent tous parler la langue nationale, le mandarin. De l’église, nous nous hâtons vers l’embarcadère où il nous faut passer le contrôle d’immigration. Bien que Hongkong soit maintenant rattaché à la Chine, il faut toujours un visa pour y entrer car le système politique de l’ancienne colonie anglaise doit demeurer inchangé pour 50 ans à partir du 1er juillet 1997. L’hydroglisseur franchit en 50 minutes les quelques 40 kilomètres de traversée jusqu'à Kowloon. Le guide local Alex nous conduit en autocar jusqu’à l’hôtel Miramar. Lors du dîner, nous commençons à réaliser que nous sommes de retour dans un monde connu, plus coûteux en tous cas que le monde chinois, à en juger ne serait-ce que par le prix des bières.
Mardi 18. Les merveilles de Hongkong
Sous la direction de Sabrina (Mme Liu Shuming), nous parcourons tout au long du jour les sites les plus célèbres de Hongkong. Le premier arrêt sur le Pic Victoria devrait être la découverte la plus splendide avec vue sur la fourmilière de gratte ciels entassés au pied de l’île face à la presqu’île de Kowloon., mais le bruit infernal des travaux en cours détruit la poésie du lieu.
La deuxième étape sur la plage de Repulse Bay est plus reposante et agréable. Au bout de la belle plage de sable, un sanctuaire réunit les statues des divinités les plus populaires des traditions bouddhiste et taoïste : lieu idéal pour des photos de couleur vive sur fond marin. Suivant la route côtière vers l’ouest nous saluons au passage le Parc océanique accessible par téléphérique. Dans la baie d’Aberdeen, des sampans nous font faire le tour des jonques encore habitées par les gens qui vivent de la mer. Un repas de « dim sap », friandises cantonaises, nous est servi dans le grand restaurant flottant Jumbo. Un trône impérial domine la vaste salle à manger. Certains de nos bons républicains français n’hésitent pas à s’y asseoir. Poursuivant notre tour de l’île par la côte ouest, nous empruntons Pokfulam Road, de façon à saluer au passage les anciennes installations des :Missions Etrangères de Paris : l’imprimerie de Nazareth fermée en 1952 et la maison de repos de Béthanie dont René Sylvestre fut le supérieur pendant 6 ans a partir de 1953. Belle occasion pour René de reprendre le micro et de laisser remonter d’un passé cinquantenaire des souvenirs toujours bien vifs. Ce furent des années difficiles ou les confrères chasses de Chine devaient retrouver un sens a leur mission et décider de nouvelles implantations. Grâce un nouveau tunnel récemment creusé sous la mer à l’ouest de l’île, nous nous retrouvons rapidement dans la presqu’île de Kowloon. Dans la petite ruelle de Yunpo, proche de l’église Ste Thérèse, nous découvrons le marché aux oiseaux que nous prenons le temps de goûter a loisir sans nous préoccuper de la grippe aviaire. Les fleurs font suite aux oiseaux : orchidées de toute teinte, bonzai, etc. Le quartier est si attrayant que nous manquons d’y perdre Charles une deuxième fois.
Non loin de la nous nous arrêtons sur le vaste parking voisin du Temple taoïste de Wong Taisin, un maître taoïste grand connaisseur de toutes les herbes médicinales, genre d’Esculape chinois divinise. Le couloir d’accès est occupé par une exposition des atrocités commises sous la direction du président Jiang Zemin contre les membres du Falungong, un mouvement de culture physique et spirituelle qualifié de culte pervers par le gouvernement chinois. Le Falungong a en fait pour objectif de cultiver le vrai, le bien et l’endurance (zhen, shan, ren). Mais son organisation puissante et son potentiel subversif portent ombrage à la toute puissance du Parti. Le temple lui-même nous offre le spectacle des dévotions populaires. Les bâtonnets d’encens y sont brûlés par paquets et les pavés de bois utilisés pour la divination claquent sur le sol.
Un tunnel creusé sous la barrière rocheuse du Roc du lion nous mène dans les nouveaux territoires. A Shatin, dans une petite vallée encerclée par de hauts immeubles, nous découvrons un petit coin de verdure autour d’un village ancien qui fait plutôt triste mine. C’est la demeure Tsang Tai, une riche famille hongkongaise qui a tenu a préserver le site traditionnel dans son style ancien. Des Mercedes et des BMW sont parquées sous les vieux murs lépreux.
Mercredi 19. La paroisse St Etienne de Kwai Chung
Au cœur d’un entassements d’immeubles géants, notre autocar fait une brève halte pour nous laisser descendre devant l’entrée de l’église Saint Etienne qui a première vue n’est qu’un immeuble de 5 étages. L’église est en fait située au deuxième étage. Le père Bruno Lepeu des Missions étrangères de Paris y est vicaire. Il nous explique comment une grande salle a pu être aménagée en église de style chinois grâce a une ornementation discrète, l’axe central menant du grand baptistère du fond à l’autel du devant. Les baptêmes d’adultes sont nombreux dans cette église. Dans une grande salle au 3ème étage, Bruno nous explique pourquoi cette paroisse dispose de beaucoup d’espace, chose rare à Hongkong. Le bâtiment devait en fait devenir un école. Les écoles catholiques sont fort nombreuses dans chaque paroisse et les pasteurs doivent assurer l’animation spirituelle dans ces écoles. Bruno combine son ministère auprès des jeunes de Hongkong avec de fréquentes visites sur le continent chinois ou il veille en priorité à la formation spirituelle des séminaristes et des jeunes prêtres.
La matinée se termine par un buffet somptueux au Regal Kowloon suivi d’un près-midi libre pour digérer tant de belles choses avant l’envol pour Paris. Au terme de cette équipée, René Sylvestre conclurait certainement : « C’est merveilleux ! »