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L’apport des religions à la morale , Colloque de Shijiazhuang 25-27 février 2005

Grâce à une initiative de l’Institut catholique « La Foi », une cinquantaine d’intellectuels et de représentants des cinq religions officielles de la Chine se sont réunis pour discuter du rôle des religions dans la Chine contemporaine sur le thème général « Religion et Ethique ».

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La conférence a pris place dans la capitale de la province du Hebei, 270 kilomètres au sud-ouest de Pékin. Taoïstes, Bouddhistes, Musulmans, Protestants et Catholiques ont ainsi abordé la question de leur apport respectif à l’éthique individuelle et sociale des Chinois d’aujourd’hui. Outre les personnalités religieuses, il y avait là des professeurs d’université et des délégués du Front Uni du Parti communiste chinois. Organiser au grand jour ce genre de conférence ne manquait pas d’audace. Le directeur de l’Institut « la Foi » Jean Baptiste Zhang Shijiang, prêtre depuis une dizaine d’années, a reçu une formation de base aux Philippines. Il veille à la publication du journal « la Foi » et développe en même temps un Secours catholique chinois. L’originalité de ce colloque était d’aborder la question éthique du point de vue des religions. Depuis une vingtaine d’années, les dirigeants chinois avaient autorisé un élargissement de la morale communiste pour y intégrer la grande tradition morale confucéenne. C’était s’en tenir à une position purement humaniste car les aspects religieux du confucianisme sont généralement ignorés. Mais montrer quel peut être l’apport positif des religions à la culture chinoise représente une étape rarement franchie dans le pays, surtout sous un régime d’obédience marxiste. D’un point de vue strictement marxiste, les religions offrent des consolations illusoires aux peines de ce monde au lieu d’encourager le peuple à transformer le monde. Elles agissent comme un opium dont il faut se libérer au nom de la science et de la modernité. A l’ouverture du colloque de Shijiazhuang, le dirigeant provincial du Front Uni du Parti communiste M. Chen Xiufang a reconnu l’importance des religions dans la vie du pays et précisé que les responsables religieux avaient le devoir de faciliter la stabilité sociale. Dans l’intérêt de la théorie marxiste d’une part et des religions d’autre part, il convenait d’analyser comment les religions peuvent éviter le chaos social sans être un opium, c’est-à-dire sans aider à voiler les innombrables cas d’injustices et de violences qui déchirent aujourd’hui le pays. Les interventions diverses au colloque n’ont fait qu’effleurer ce problème en faisant peu d’allusions au rôle critique et prophétique des religions et encore moins au rôle d’exploiteurs joué par les cadres corrompus du Parti au pouvoir.
Malgré cette faiblesse, le colloque peut être crédité d’un nouveau développement : le fait d’associer à un débat de fond des représentants des diverses religions de la Chine. Les rencontres interreligieuses sont fréquentes en Chine dans le cadre de la Conférence Consultative politique du peuple chinois (Zhengxie) Cet organisme de Front uni fonctionne sur la base de réunions mensuelles à l’échelon cantonal entre les représentants des cinq religions officielles de la Chine. Le but n’est pas un œcuménisme de motivation religieuse mais un effort de coopération pour résoudre des problèmes pratiques communs : ouverture d’églises et de temples, financements, utilisation de locaux et de terrains, etc. Le colloque a introduit une dimension nouvelle de la rencontre interreligieuse : un échange entre croyants pour mieux comprendre l’apport spécifique de chaque religion à la moralité dans le pays. : Mgr Feng Xinmao, évêque de Hengshui a présidé l’ouverture du colloque. L’imam Kang Ruifeng a prononcé le discours d’ouverture au nom des cinq religions en se référant à la déclaration du Parlement mondial des religions à Chicago en 1893 soulignant l’importance de l’harmonie interreligieuse. Ren Yanli, directeur de l’Institut des religions mondiales de l’Académie des sciences sociales, a pour sa part mis en relief l’esprit de la journée mondiale de prière pour la paix organisée par le Vatican à Assise en 1986. Il a cité le document Nostra Aetate du Second Concile du Vatican comme base du dialogue contemporain entre l’Eglise catholique et les religions non chrétiennes. Outre les discussions académiques, des occasions de prière commune et d’échanges se sont présentées au cours du colloque : visite du grand séminaire catholique de la province du Hebei et du couvent et surtout la messe du dimanche 27 février où ont pris place au côtés des fidèles un prêtre taoïste, plusieurs musulmans et protestants et quelques intellectuels intéressés par le christianisme.
Les thèmes principaux abordés au cours de ce colloque de trois jours ont été le dialogue interreligieux, l’éthique des religions, la culture des religions, les services sociaux, l’éthique et la société. Voici quelques uns des 34 sujets abordés : la religion catholique à la fin des Ming ; la conception du mariage du point de vue chrétien; le cadre des relations interreligieuses ; le socialisme chrétien ; le pluralisme islamique ; la conception de la liberté selon Augustin ; l’éthique catholique ; les fonctions sociales de la culture taoïste; l’utopie des religions ; le sens de la contrition dans les règles de la société Bénédictine ; l’éveil à la morale dans l’éthique moderne chinoise ; l’œuvre médicale chrétienne à l’époque moderne ; l’exégèse ; la vengeance et le pardon ; l’éthique des religions et la loi ; la participation des religions à la politique aux Etats-Unis ; etc. Tous ces rapports font une large place aux fruits de la foi religieuse.
Le colloque s’est déroulé en neuf séances. Le Père Zhao Jianmin, directeur du Centre de recherche de la religion catholique et de la culture de Beijing a présidé la première séance. Le Père Chen Kaihua, jeune prêtre du diocèse de Kunming, a présenté son mémoire sous le titre « Le rôle de l’éthique catholique dans l’harmonisation des groupes sociaux ». Son exposé était le fruit d’une enquête faite sur le village Chugan dans les marches tibétaines du Yunnan. Il a résumé la situation générale de ce village catholique et montré comment l’éthique catholique contribue à l’ordonnance des relations entre les divers groupes sociaux.
La professeur Kang Zhijie de l’Université de Hubei a présenté son sujet sous le titre « La vie morale sur la base des dix Commandements ». Ce sujet repose sur l’enquête qu’elle a menée dans le village catholique de Chayuangou au nord-ouest du Hubei. Son rapport a démontré la relation entre la morale individuelle et la norme éthique fondée sur la foi. Elle a conclu que la vie morale de ces villageois catholiques contient trois caractéristiques : la première est qu’ils ont pour norme éthique fondamentale les dix Commandements ; la deuxième est leur référence à Dieu au cœur de leurs jugements de valeurs ; la troisième est la particularité de leur pratique morale.
La dernière séance a été présidée par le Père Zhang Shijiang, organisateur du colloque, directeur du Centre de recherche La Foi. Le Père Zhang a aussi présenté son sujet d’étude éthique sur la vengeance et le pardon. Son idéal est que le pardon soit pratiqué non seulement par les croyants mais aussi par l’humanité entière. Il a conclu en ces termes : « C’est seulement en apprenant à pardonner et à résoudre les conflits par la loi, que la Chine pourra construire une société harmonieuse et c’est la voie unique où la Chine doit s’engager pour réaliser la plénitude de sa civilisation ».