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art contemporain A Montpellier, une première manifestation organisée par José Frèches --par Armelle Héliot, Lefigaro.fr
Date : 01/07/2005
Cela peut commencer dès la place de la Comédie. A peine quelques pas depuis la gare par la rue Maguelone en suivant le chemin du tram, et très vite la Chine est là avec une pièce de Wu Jian, 35 ans, artiste assez représentatif des recherches de la jeune génération avec sa Dorure à performances. A peine plus loin, au Pavillon du Musée Fabre (toujours en travaux, de l'autre côté de l'esplanade), on est accueilli par des pièces qui, dans leurs différences mêmes, sont éloquentes : les barrières rose fluo sur roulettes de Xian Liqing, 32 ans, voisinent avec le jardin aux herbes (basilic, sauge, sarriette, menthe, etc.) de Song Dong, 39 ans. Disons-le, l'unique «installation» sereine d'une biennale qui traduit surtout la douleur de vivre des jeunes artistes chinois aujourd'hui. Leurs angoisses, la crispation des âmes.
Et cette première biennale, pensée et mise en oeuvre par l'infatigable rejeton de Protée qu'est José Frèches – oui, c'est bien lui qui écrit des livres à haut tirage pour Fixot, c'est bien lui qui est un très légitime candidat à la présidence de Francetélévisions, c'est bien lui qui a dirigé le Musée Guimet et a été président du groupe de presse Midi libre, etc.) –, cette première biennale de Montpellier trahit la difficulté de vivre dans un monde en profonde transformation, trahit aussi, d'une manière plus ironique, l'intelligence d'un peuple et d'une jeunesse qui savent très bien ce qu'attend d'elle l'Occident spéculateur... Il y a dans les oeuvres réunies grâce à la vigilance du très brillant Lin Zuqiang, assez malin pour faire la part des choses, celles qui ne sont qu'avances troublantes – et entendons-le au registre de la séduction. Ces jeunes artistes chinois font des avances au marché ! Et ils auraient tort de s'en priver.
Mais la sincérité l'emporte souvent. De tous les lieux investis par les jeunes créateurs, cet été et jusqu'au début de l'automne, à Montpellier et dans les environs – à Pignan et au château d'O –, sans doute est-ce à La Panacée, l'ancienne faculté de pharmacie, que l'on affrontera les émotions les plus diverses. Celles du romanesque apaisement, de l'intelligence, du lien subtil entre médecine orientale et médecine occidentale – dans la ville où le génial François Rabelais fit ses études, ne l'oublions pas. Et contemplons, fascinés, les tranquilles animaux de Huang Yongping, le tigre et le rhinocéros, 51 ans, né à Xiamen mais qui vit et travaille en France depuis 1989, artiste remarquable qui, ici, s'inspire du lieu même pour convoquer ces apparitions dans une salle qui dit l'ancien savoir, avec, clin d'oeil affectueux et exhibition de l'artefact des répliques des plaques qui ornent l'entrée du bâtiment, avec notamment les noms des directeurs qui s'étaient ici succédé.
Modèle de paix auquel réplique, tragiquement, et pour ne donner que ce seul exemple, par une performance et une vidéo qui s'en fait l'archéologue, Yu Ji et son travail avec les mouchoirs de papiers qui étouffent, interdisent toute parole.
D'autres expériences impressionnantes dans cette école avec cloître, un des lieux les plus intéressants de la biennale, lieu dont on imagine qu'il pourrait, toute l'année durant, accueillir des propositions artistiques. Personnages découpés de Chen Shaoxiong, vidéo de Cao Fei, portraits de Lin Michael, né en 1964 à Tokyo, homme d'affaires qui possède un restaurant et qui tire lui-même le portrait d'un certain nombre de ses clients, sachant que l'argent est une chose mais que le divertissement, l'oubli des contingences, est au moins aussi précieux. Ce que sait parfaitement Zheng Guogu et son installation photo «Cent Cinquante parmi 10 000 clients». Vous verrez un amphithéâtre totalement recouvert, gradins, bancs, chaire, sol, de photographies de verdure, saturé de photographies – il y en a 60 000 –, c'est le travail de Yang Fudong, né en 1971, qui vit actuellement à Shanghaï et nomme ce geste accompagné de musique : «huo-si» bird.
On peut, plus loin, au Carré Sainte-Anne, découvrir les superbes antennes de télévision de Yin Xiuzhen – une fille ardente, née en 1963 à Pékin – si bien accordées à l'esprit du lieu, comme en dialogue avec les colonnes de la chapelle, et s'amuser des pièces d'un zodiaque en polyfibre peint de couleurs vives, signé Chen Changwei, né en 1973.
C'est au pavillon du Musée Fabre qu'est la pièce la plus imposante, dans l'espace comme dans l'émotion, une réflexion sur les vanités de la conquête de l'espace de Liu Jianhua, né en 1962. Tessons de porcelaine blanche et vidéo qui jouxtent les sages personnages de Peng & Chen (l'une, Chen, est de 1980, lui est de 1977) saisis dans leurs costumes occidentaux de visiteurs de la «grande ville»...
Dehors, au château d'O, Yang Mian, né en 1970, a planté sa Chinese Rocket de tôle d'acier, obélisque pour les temps futurs, une pièce qui devrait entrer dans les collections de l'association de la biennale qui rend hommage au regretté Chen Zhen en reprenant son «Jardin lavoir» que l'on avait vu à Albi, ensemble spectaculaire et mélancolique qui invite à la méditation.
Jusqu'au 2 octobre. Rens. : www.mcx.fr
Dépliant disponible avec plan de la ville et des environs et implantations des expositions. Catalogue bilingue anglais-français, 34 €.(http://www.lefigaro.fr/culture/20050701.FIG0163.html?091916)




