Assises mondiales du bouddhisme
Hangzhou 13-16 avril 2006: Assises mondiales du bouddhisme
Date : 09/05/2006
Auteur : J. Charbonnier
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Pour la première fois en Chine depuis 1949, les bouddhistes organisent une rencontre mondiale, et ceci avec le soutien du gouvernement. Il s’agit là d’un apport à la « société harmonieuse » préconisée par le président Hu Jintao. C’est en même temps le signe d’une amélioration du traitement politique des religions sous un régime communiste athée.
En mettant cette nouvelle en exergue le 21 mars dernier, le journal chinois Nouvelles d’Europe donne à cet événement une portée historique : le bouddhisme en Chine est implanté depuis 1.900 ans. Son influence ne se limite pas à la religion, mais il est largement présent dans la littérature, la pensée, l’art, etc. Ce congrès mondial est organisé conjointement par l’Association bouddhiste de Chine et par l’Association chinoise des échanges religieux et culturels (Zhonghua zongjiao wenhua jiaoliu xiehui). Participeront à cette conférence plus de mille moines de haut rang et d’experts venus de toute la Chine, de Hongkong, Taïwan et d’une dizaine d’autres pays. Les représentants se rendront à cette occasion au sanctuaire voisin de Zhoushan où ils feront une prière solennelle pour la paix mondiale.
Cette rencontre a été soigneusement préparée par des visites de délégations chinoises à Singapour, en Malaisie, en Thailande, en Corée, au Japon, au Népal et autre pays où le bouddhisme est florissant. Le thème central du colloque sera « L’harmonie mondiale commence par l’esprit »
On ne sait pas encore si des personnalités gouvernementales honoreront cet événement de leur présence. Le président Hu Jintao peut en faire une réponse aux critiques internationales dénonçant le manque de liberté religieuse en Chine. Mais certains écueils sont à franchir. Quelle sera la représentation du bouddhisme tibétain ? Un colloque d’éxégèse lamaïque s’est tenu à Pékin en octobre 2005 et les bouddhistes tibétains ne manquent pas de moines hautement qualifiés. Mais qu’en est-il de ceux qui ont une stature politique, en particulier de ceux qui sont liés d’une façon ou d’une autre à un mouvement pour l’indépendance du Tibet ? Ils ont tendance, il est vrai, à déborder la position du Dalaï Lama qui préconise, pour sa part, une autonomie culturelle du Tibet sans vouloir séparer le Tibet de la Chine. Peut-on rêver de sa présence au colloque de Hangzhou ? Ce serait un bond en avant analogue à une visite du Pape chez la Catholiques de Chine mais sans doute moins aventureuse aux yeux du gouvernement chinois. Mais ces deux éventualités ne sont pas à exclure à l’approche des jeux olympiques de 2008. Les jeux n’offrent-ils pas à la Chine une occasion magnifique de se monter ‘fair play’ ?
Un autre problème doit sans doute être résolu pour que le rassemblement bouddhiste puisse prendre place en toute sérénité. Ne devrait-il pas s’accompagner discrètement d’une sorte d’amnistie à l’égard des adeptes du Falungong? Sans être une secte bouddhiste, le falungong est un mouvement de culture physique et morale sous le signe de la roue de la Loi, le Dharma bouddhiste. Sous les coups de la persécution déclenchée par Jiang Zemin, des représentants du Falungong à l’étranger ont engagé dans le journal Epoch Times une critique sévère des crimes commis par le Parti communiste chinois. En dépit de leurs principes de base qui sont « le vrai le bien et la patience », certains reprennent même les tactiques communistes du mensonge pour dénoncer les abus du Parti. En fait, quantité d’autres adeptes de ce mouvement culturel attendent probablement la fin des hostilités du pouvoir pour reprendre leurs exercices spirituels sans remettre en cause le régime en place.
Face à la question tibétaine et l’expansion internationale du falungong, le gouvernement chinois prend sans doute un certain risque en autorisant un colloque bouddhiste mondial. Mais parmi les religions de la Chine, le bouddhisme peut paraître le plus inoffensif et le plus populaire.
Un article de R. Scott Macintosh paru dans le Christian Science Monitor le 10 mars 2006 fait valoir quelques aspects de la faveur des autorités civiles et de la jeunesse étudiante à l’égard du bouddhisme. Les assemblées bouddhistes, note-t-il, peuvent souvent se dérouler sans ingérence policière, même si elles ne sont pas déclarées officiellement. Il cite le cas du maître bouddhiste Ming Zhuang, très apprécié des étudiants de Pékin et autres villes universitaires. « Pour rejoindre ses disciples, écrit-il, Ming ignore les règles concernant l’enseignement dans des maisons. Le dimanche, les étudiants se pressent assis en tailleur dans un appartement de Pékin pour écouter ses leçons de philosophie Zen. Une de ses étudiantes convertie en 2004 déclare : « dans le bouddhisme, il y a une destinée ». Plus de mille étudiants ont suivi ses enseignements l’été dernier. Ce maître Zen attaché au Temple Bailin de la province du Hebei, voyage en fait dans tout le pays. Ses disciples veillent à tous ses besoins.
Comme c’est le cas pour le christianisme en milieu urbain intellectuel, le bouddhisme répond à une demande de spiritualité qui accompagne l’amélioration du niveau de vie. Les jeunes sont en quête d’un sens de leur vie et ils cherchent aussi comment faire face aux pressions de la modernisation et à leurs attentes profondes. Cet engouement peut prendre l’aspect d’une évasion quelque peu utopique si l’on en croit Gyan Giri, le directeur du centre de retraite La Montagne du Yoga à Pékin, lorsqu’il applique à la spiritualité le dicton traditionnel : « un verger de pêchers hors du monde ». L’accroissement de la corruption et le chaos social entraîné par la nouvelle économie de marché invite aussi à rechercher une vision du monde susceptible d’assurer un équilibre psychologique.
D’après les statistiques officielles, le bouddhisme est la plus importante religion de la Chine avec environ 100 millions de disciples. C’est aussi la religion de salut la plus familière dans la population et la plus intégrée à la culture chinoise. La motivation nationaliste la plus puissante aujourd’hui n’est plus l’idéologie marxiste, ni l’amour d’un Parti trop corrompu. Ce n’est peut-être pas non plus le chauvinisme confucéen trop conservateur et moralisant. Bouddhisme et christianisme offrent par contre une échappée universaliste au-delà du totalitarisme politique et d’un patriotisme chauvin. L’avantage du bouddhisme sur le christianisme est d’être plus chinois et aussi d’être moins rigoureux dans ses structures d’Eglise. Le bouddhisme est également susceptible d’une interprétation philosophique éloignée des « superstitions » populaires qu’il convient de combattre au nom de la science et de la liberté personnelle. L’écrivain moderne Lu Xun (1881-1936) ne cachait pas son goût pour l’inspiration philosophique du bouddhisme. Si le marxisme chinois poursuit son évolution jusqu’à intégrer les grandes religions, c’est sans doute par le bouddhisme qu’il peut commencer sans trop de risque. Du point de vue politique extérieure, l’espace offert au bouddhisme peut favoriser des relation pacifiques et positives avec le Japon, la Corée et l’Asie du sud-est. Sans compter un atout supplémentaire pour le rattachement progressif avec Taïwan où le bouddhisme est florissant.